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Pseudo: Adriana EvangeliztCatégorie: PolitiqueDescription:
De quel pays Nicolas Sarkozy est-il le Président ? Vu sa politique, on n'a pas l'impression qu'il est le président de France... quel malheur... Marianne agonise sous les coups de boutoir de l'anti-gaullisme...
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Lundi 10 Mars 2008

A lire avec attention... cela rejoint tout à fait ce que nous ne cessons de répéter. Nous savons très bien où Sarkozy le communautariste veut aller.

La diversité dans la Constitution : danger !

par Paolo Flores D'Arcais et André Grjebine,

tribune parue dans Le Monde, 5 mars 2008

Le projet défendu par le président de la République risque fort de réduire la liberté d'expression, la laïcité et la diversité réelle des convictions.

Quand M. Sarkozy fait l'éloge de la diversité dont il entend inscrire le respect dans le préambule de la Constitution, il paraît à première vue difficile de ne pas le suivre. En réalité, cette référence à la diversité risque d'être utilisée à mauvais escient et de mettre ainsi en branle un engrenage dangereux à la fois pour l'unité de la société française et pour la liberté d'expression, donc la démocratie.

La remise en question de la "laïcité à la française" qui en résultera aura un impact partout en Europe, étant considérée encore aujourd'hui par les opinions publiques laïques de tout le continent comme un modèle, un "rêve" pour les Italiens.

La laïcité française repose sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes sous la seule restriction qu'ils ne portent pas atteinte à l'ordre public (art. 1er de la loi de 1905). En prônant la diversité et en définissant la laïcité comme "le respect de toutes les croyances" (discours aux représentants des cultes du 17 janvier 2008), M. Sarkozy se rapproche du modèle anglo-américain. Sauf que celui-ci n'est guère transposable dans le contexte français.

En premier lieu, une inscription de la diversité dans la Constitution ne peut que favoriser l'essor des communautarismes. Dès lors que l'Etat encourage la diversité des croyances, il favorise inévitablement la formation de communautés qui, fortes de leur reconnaissance constitutionnelle, seront encore plus tentées d'exiger que les lois tiennent compte de leurs spécificités. C'est ce que revendique déjà la Charte des musulmans d'Europe signée le 10 janvier dernier à Bruxelles. Allant dans ce sens, l'archevêque de Cantorbéry, le révérend Rowan Williams, vient de qualifier d'"inévitables" la reconnaissance et l'application en Grande-Bretagne de certaines dispositions de la charia (droit coranique), notamment en matière de différends financiers ou conjugaux.

Deux autres différences fondamentales avec les sociétés anglo-américaines rendraient particulièrement dangereuse la constitutionnalisation des diversités. Dans la conception libérale, c'est moins l'Etat que le pluralisme des opinions qui est censé empêcher qu'un système de pensée n'impose ses vues au détriment des autres. En revanche, chacun d'eux peut s'organiser comme il l'entend et trouver ses propres financements, l'Etat n'intervenant pas dans le financement des cultes.

En France, l'implication de l'Etat serait sans doute inévitable, non seulement pour le financement, mais également pour faire observer le respect de la diversité par la justice, ne serait-ce qu'en se référant au nouveau préambule de la Constitution.

En outre, la conception américaine de la diversité autorise chaque mouvement de pensée à exprimer sa doctrine et ses opinions. La contrepartie de ce respect de la diversité poussé à l'extrême, c'est que nul n'est en droit de se plaindre des opinions des autres, même s'il les juge blessantes pour ses propres croyances. Les notions de blasphème ou de sacrilège ne peuvent être retenues. La liberté d'expression n'est limitée que s'il est démontré que son usage va provoquer des atteintes immédiates aux personnes.

Sans la garantie d'une telle liberté d'expression, il est à craindre que la diversité inscrite dans le préambule au nom du respect de toutes les croyances ne dégénère rapidement en une diversité des susceptibilités. Jusqu'à présent, jouant à la fois sur la mauvaise conscience des Européens et sur leur couardise, ceux qui refusent un islam historisé et s'adaptant à l'évolution du monde sont plus souvent parvenus à leurs fins par des pressions ou des menaces que par des décisions de justice. Ils ont ainsi progressé dans d'innombrables domaines, que ce soit en matière éducative comme l'a montré en 2004 le rapport Obin, de mixité dans les piscines, ou de réduction de facto de la liberté de la presse.

Voltaire ne pourrait sans doute plus s'exprimer aujourd'hui comme il l'a fait en son temps ! Certes, les fondamentalistes procéduriers n'ont pu empêcher l'interdiction du voile dans les écoles publiques et ont perdu le procès qu'ils ont intenté à Charlie Hebdo. Mais la perte d'un procès n'est pas forcément négative pour eux.

La menace d'un procès suffit généralement à inciter ceux qui ne partagent pas leurs vues à la prudence. La mise en avant de la diversité comme valeur et son inscription dans le préambule ne feront qu'encourager cette tendance. Une jurisprudence complaisante risque de se développer, condamnant toute déclaration, tout écrit et toute pratique susceptibles d'être présentés comme une atteinte au respect de la diversité.

A la neutralité de l'Etat laïque succédera ainsi la neutralisation des citoyens. Le plus petit dénominateur commun auquel se réduira progressivement la liberté d'expression sera bien proche d'une censure ou plutôt d'une autocensure généralisée par crainte des tribunaux, voire de représailles diverses. Comme chaque religion prétend détenir, et elle seule, la Vérité, il est clair qu'après un premier temps où elles seront disposées à joindre leurs forces pour orchestrer un retour du religieux, on assistera au choc des religions qu'il s'agissait précisément d'éviter.

D'ores et déjà, dans de nombreux pays européens, on assiste à une montée de la religiosité. Dernier exemple en date : il y a quelques jours, en Italie, des illustres scientifiques ont été accusés d'avoir empêché le pape de parler, simplement parce qu'ils ont jugé absurde que la leçon inaugurale de l'année académique de l'université de Rome lui soit confiée.

Ne tolérant pas la critique et prétendant à une approbation unanime, le pape a renoncé spontanément. Mais le mensonge continue, et tous les politiques, à droite comme à gauche, ainsi que le président de la République (ex-communiste) lui ont demandé pardon pour une faute qui n'en est pas une en réalité. Même le soutien apporté à ses collègues par Rita Levi Montalcini, Prix Nobel de médecine et sénatrice à vie, a été ignoré par les médias, asservis au cléricalisme ambiant.

Quoi qu'en dise M. Sarkozy, les laïques et les agnostiques qui ne défendent aucun dogme et ne peuvent a fortiori se référer à un Livre sacré seront forcément en position d'infériorité, et leur marge de manoeuvre ne cessera de se réduire. En fin de compte, la prétendue diversité ainsi instituée tuera la diversité réelle qui prévaut aujourd'hui, même si elle est de plus en plus menacée par les minorités mêmes qui prétendent s'en prévaloir.

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-Paolo Flores D'Arcais est directeur de la revue italienne "MicroMéga". Il est coauteur avec le cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, de : "Est-ce que Dieu existe ? Dialogue sur la vérité, la foi et l'athéisme", Payot, 2006.
-André Grjebine est directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po.

Sources Observatoire du Communautarisme

Posté par Adriana Evangelizt

publié par Adriana Evangelizt dans: Loi 1905
Lundi 25 Février 2008

Appelé à la rescousse par Nicolas Sarkozy, le premier président de la Cour de cassation a accepté de se pencher sur la question de la rétention de sûreté mais a fermé la porte à toute remise en cause de la décision du Conseil constitutionnel, qui en a rejeté la rétroactivité.

Le premier magistrat de France, Vincent Lamanda , "a accepté le principe d'une réflexion sur le problème de la récidive et de la protection des victimes, mais il est bien évident qu'il n'est pas question de remettre en cause la décision du Conseil constitutionnel", a expliqué lundi Vincent Vigneau, chargé de mission de la première présidence.

Le Conseil constitutionnel a estimé jeudi que la rétention de sûreté "ne saurait être appliquée à des personnes condamnées avant la publication de la loi" ou "pour des faits commis antérieurement" à cette publication.

Ainsi, les premières rétentions de sûreté ne pourraient être prononcées que dans 15 ans au minimum. Le principe de retenir enfermés les criminels réputés les plus dangereux, après l'expiration de leur peine, n'est en effet applicable qu'aux détenus condamnés à plus de 15 ans.

Un camouflet pour l'Elysée qui a réagi dès vendredi soir, annonçant que le chef de l'Etat avait demandé à Vincent Lamanda "de faire toutes les propositions nécessaires" pour parvenir à "l'application immédiate de la rétention de sûreté".

"Il s'agit pour nous d'améliorer" le projet de loi "sans remettre en cause la décision du Conseil constitutionnel", s'est défendue lundi matin la garde des Sceaux, Rachida Dati, faisant valoir que, sur la base de propositions de M. Lamanda, les modalités pourraient être "ajustées" ou "modifiées par la voie d'une circulaire, d'un décret ou peut-être par la loi".

La fin de non-recevoir affichée lundi par Vincent Lamanda était pourtant plus que prévisible, dès lors que l'article 62 de la Constitution stipule que "les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours" et "s'imposent aux pouvoirs publics et à toute autre autorité administrative et juridictionnelle", Cour de cassation comprise.

Partant de ce principe, "il est bien évident que la mission (confiée à M. Lamanda, ndlr) ne peut avoir pour objet de contredire la décision du Conseil constitutionnel", a estimé Didier Maus, de l'Association française du droit constitutionnel.

Un autre "constitutionnaliste", Frédéric Rolin, professeur de droit public à Paris X-Nanterre, s'est dit surpris: "C'est la première fois qu'on saisit officiellement une autorité pour lui dire +Trouvez-moi un moyen de dire exactement le contraire de ce que vient de dire le Conseil constitutionnel+. Ca ne s'est jamais fait dans des termes aussi frontaux".

Côté UMP, on tente de calmer le jeu. En saisissant Vincent Lamanda, Nicolas Sarkozy ne voulait que "vérifier les modalités juridiques d'application" de la rétention de sûreté, a affirmé le porte-parole, Yves Jego.

M. Lamanda, lui, s'il n'a pas suivi le conseil de l'ancien garde des Sceaux socialiste Robert Badinter, de "refuser" cette mission, a veillé à en tracer les limites.

Une décision qui a réjoui l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), satisfaite qu'il ait "remis les choses en place de manière claire et sans ambiguïté".

Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche), qui a obtenu un rendez-vous le 4 mars avec M. Lamanda, a pour sa part averti de "sa ferme opposition à toute forme de collaboration de l'autorité judiciaire qui viserait à cautionner le non respect de la Constitution".

Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Figaro.fr, quatre Français sur cinq approuvent la loi sur la rétention de sûreté et plus de six sur dix jugent qu'il faut l'appliquer dès maintenant.

80% des personnes interrogées approuvent la loi, contre 20% qui la désapprouvent.

Elles estiment à 64% qu'il faut l'appliquer dès maintenant, alors que le Conseil constitutionnel l'a, en l'encadrant fortement, rendue inapplicable dans l'immédiat. 36% sont d'un avis contraire, au nom du principe de non-rétroactivité de la loi.

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

publié par Adriana Evangelizt dans: Loi 1905
Vendredi 22 Février 2008

 

par Eva

 

La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. En effet, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des "non-personnes", furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays. Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors "la destruction des vies inutiles". Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du "gibier" tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.

En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la "plaie tsigane" dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique et permanente. Puis vint, dès 1933, la "stérilisation eugénique", l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35 et, enfin, les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.

C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940.

Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.

Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée. Tragédie supplémentaire, le nom des victimes tsiganes ne fut même pas mentionné durant le procès de Nuremberg ! L’oubli total... alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures - ni plus ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.

En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la "guerre secrète des Tsiganes". Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.

En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence - et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts a toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélébile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.

Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?

Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les Juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.

Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.

C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux nomades, celui de Saliers.

Photographie de la construction du camp, octobre 1942 (142 W 76)

Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Il s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.
Ceux qui ont survécu à l’enfer ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.

Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20 000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz : "Mission terminée, traitement spécial exécuté". Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms et Kalderas auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.

Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.

Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés. Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.

Définitif ?

Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.

Eva

Sources
Ya Basta

Posté par Adriana Evangelizt



publié par Adriana Evangelizt dans: Loi 1905
Vendredi 22 Février 2008


De la PME de Province à la grande firme islamique

Par Vincent Geisser


L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), créée en 1983, est sans aucun doute la fédération musulmane de l’hexagone qui suscite aujourd’hui le plus d’interrogations et de passions chez les politiques, les journalistes, les éditorialistes et les chercheurs en sciences sociales et même chez les croyants musulmans de France ! En somme, l’UOIF fascine les esprits français qui sont, tantôt agacés, tantôt admiratifs, mais rarement indifférents à la success story d’une organisation islamique qui s’est progressivement imposée comme la principale interlocutrice des pouvoirs publics en matière de culte et de gestion courante des « affaires musulmanes », éclipsant du même coup le lieu de la « mémoire franco-musulmane » qu’a longtemps incarné la Mosquée de Paris, aujourd’hui totalement dépendante de l’Etat algérien et des luttes de clans entre les généraux d’Alger[1].

Pourtant, force est de reconnaître que cette fascination pour l’UOIF – un sigle en quatre lettres produisant un effet quasi-magique sur les « consciences éclairées » – s’est rarement traduite par une investigation approfondie sur les productions et les rouages internes de l’organisation. Mis à part quelques travaux universitaires (celui de Khadija Darif notamment)[2] et une enquête journalistique rigoureuse (celle de Xavier Ternisien)[3], le « terrain UOIF » reste largement inexploré, telle « une comète islamique », dont le rayonnement attirerait irrésistiblement le regard de l’observateur mais qui, dans le même temps, le dissuaderait de s’en approcher par peur d’être brûlé ou foudroyé.

Sortir des analyses simplistes sur l’UOIF : ni anges, ni démons

Aussi, malgré l’abondance des discours produits à son propos, l’UOIF est-elle toujours un « objet politique mal identifié » (OPMI), échappant très largement aux analyses sociologiques ou, pour être plus précis, aux tentatives de conceptualisation. Parce qu’elle serait occulte, secrète, insondable, avançant à visage masqué dans l’espace public français, l’UOIF justifierait un « discours d’exception », n’ayant que peu de prise avec les catégories habituellement en usage dans les sciences sociales.

D’une manière générale, les « analyses » sur l’UOIF ressortissent du registre du dévoilement : pour ses énonciateurs, il s’agit de mettre en lumière le projet politique des « fréristes français » - l’association étant souvent considérée comme la branche hexagonale des Frères musulmans - qui, sous couvert de culte et de religion, chercheraient, en réalité, à conquérir le pouvoir politique et asseoir un contrôle quasi-totalitaire sur la communauté musulmane de France, évoquant ainsi le spectre de la guerre en civile en Algérie.

C’est notamment la thèse centrale et caricaturale de Fiametta Venner, dont l’essentiel du propos vise précisément à démasquer le « plan secret » de l’association islamique : « […] Les dirigeants de l’UOIF ont des objectifs clairs et une stratégie de conquête. Cette organisation a des visées politiques en direction des pays arabo-musulmans. Dès sa création, l’UOIF a voulu faire de la France une base arrière : un lieu où des militants islamistes pouvaient trouver refuge et où l’on essaie de modifier le regard que porte l’opinion publique sur leurs pays d’origine. Mais l’UOIF prétend surtout mettre au pas les musulmans de France »[4].

Sur un registre moins polémique et plus « scientifique » mais qui procède également d’une forme de dévoilement, certains spécialistes de l’islam de France prônent, au contraire, une intégration institutionnelle de l’association, au nom d’une nouvelle doctrine – elle fut aussi celle de Nicolas Sarkozy - que l’on pourrait résumer sous la formule « intégrons les intégristes », faisant écho à la « nouvelle politique musulmane » du ministère de l’Intérieur sur la nécessité de canaliser le fondamentalisme islamique en favorisant son institutionnalisation « par le haut » : « L’UOIF, écrit Franck Frégosi, est incontestablement le représentant des Frères musulmans en France. Elle incarne le canal historique de cette mouvance, même si, aujourd’hui, ses dirigeants veulent faire oublier cette filiation embarrassante. La mise en place du Conseil français du culte musulman, en mai 2003, a largement profité à l’UOIF : ses dirigeants sont devenus des interlocuteurs directs des pouvoirs publics. Ils ont acquis une forme de légitimité. Mais il valait mieux les associer à ce processus de consultation que de les en écarter. Désormais, ils n’ont plus le loisir de critiquer en permanence la gestion de l’islam en France : ils sont partie prenante à celle-ci »[5].

On pourrait citer, enfin, un troisième type de thèse, qui relève, lui, de la posture militante et de la critique interne aux milieux musulmans français, véhiculé principalement par les élites islamiques issues des nouvelles générations, dénonçant la « trahison des clercs » et la « notabilisation » des dirigeants de l’UOIF : « Mais ces ‘nouveaux notables’ ont la particularité d’être issus de la mouvance réformiste musulmane […]. Une particularité qui rend leurs compromis(sions) lourdes de conséquences pour le mouvement associatif musulman, mais aussi et surtout rend difficile un débat intra-communautaire sur des bases sereines, constructives et franches »[6].

Dans le cadre de cette analyse, nous n’avons pas l’intention de nier la dimension « politique » de l’action de l’UOIF. Au contraire, nous considérerons cette fédération islamique comme un acteur politique à part entière : elle produit du sens politique pour soi (exister, être reconnue en tant qu’organisation représentative) et en soi (socialiser, encadrer et mobiliser la « base musulmane »).

Toutefois, la plupart des « analyses » sur l’UOIF nous semble limitée par le fait qu’elle reste prisonnière de schémas d’interprétation extrêmement manichéens sur ce que devrait être ou ne pas être le « bon islam de France ». D’aucuns considèrent, en effet, qu’il faut ostraciser les dirigeants de l’UOIF parce qu’ils seraient dangereux pour la démocratie (F. Venner, C. Fourest, L. Babès)[7], d’autres qu’il convient, au contraire, de les insérer au « jeu institutionnel » français (« intégrer les intégristes ») pour mieux les maîtriser (F. Frégosi)[8] ou d’autres encore qu’il faut les remplacer par des cadres islamiques plus jeunes et davantage en phase avec la « base musulmane » (Tariq Ramadan, Yamin Makri…)[9].

Prenant nos distances avec ces trois interprétations dominantes, nous tenterons de démontrer que l’UOIF constitue bien un vecteur de politisation de l’islam en France et ceci d’un double point de vue.

Incarner l’islam de France : une tentation hégémonique

Lors de l’Assemblée générale du 30 septembre 2005, le président de l’UOIF, Lhaj Thami Breze, définissait ainsi la mission de son organisation : « La réalité de l’UOIF se résume par les éléments suivants : L’UOIF comme référence pour les médias sur les questions relatives à l’islam. L’UOIF comme organisation reconnue auprès de l’opinion publique et auprès de l’opinion musulmane »[10].

Il énonce clairement ici les lignes d’un programme d’action que les spécialistes identifient habituellement sous les traits d’un « groupe d’intérêt » ou d’un « groupe de pression », à savoir : un travail permanent de mise en forme symbolique et matérielle de l’ « intérêt musulman » à l’échelle nationale et aux échelons locaux ; une consolidation de l’hégémonie organisationnelle par une oligarchie musulmane qui s’érige en porte-parole du « groupe » et s’auto-habilite à dire la « norme islamique », comme l’ a très bien montré Khadija Darif dans son étude sociologique sur les cadres dirigeants de l’UOIF.

Le principal défi pour l’UOIF est de transformer le poids démographique des musulmans de France (nombre de croyants et de pratiquants potentiels) en réalité politique (influence et visibilité) qui fasse pleinement sens dans l’espace public hexagonal. Le travail des dirigeants islamiques va donc consister à accélérer le processus d’islamisation du « groupe latent », en opérant une conversion du groupe musulman en soi (poids démographique) en groupe musulman pour soi (poids politique), à l’instar de ce qu’a pu être le travail « d’ouvriérisation matérielle et symbolique »[11], mené par les syndicats à l’égard des ouvriers au début du siècle dernier.

Simultanément, l’organisation doit être capable de se faire reconnaître comme « représentative » du groupe en question, quitte à ce que cette représentativité fasse l’objet d’un débat contradictoire. Mais, d’une certaine manière, la polémique publique, est déjà en soi un signe d’institutionnalisation du groupe d’intérêt. Les dirigeants de l’UOIF ont d’ailleurs bien compris cette logique de « représentativité polémique », répétant souvent l’argument : « Le plus important c’est qu’on parle de nous !  »[12].

Une capacité d’adaptation remarquable : islam universitaire à Bordeaux, islam prolétaire à Lille et demain « islam beurgeois » à Neuilly ?

« Exister » pour l’UOIF implique d’abord de rassembler au sens matériel du terme, c’est-à-dire être capable de se doter de structures d’encadrement, de socialisation et de mobilisation de la « base musulmane », voire d’instaurer ponctuellement un rapport de force avec les pouvoirs publics au nom de la défense de « l’intérêt musulman ».

Cette première dimension – la matérialisation de l’intérêt musulman – renvoie à l’épopée organisationnelle de l’UOIF qui se décline sous la forme d’un islamic dream (rêve musulman) que lui envient aujourd’hui de nombreuses associations et fédérations musulmanes concurrentes. Dans son travail de recherche, Khadija Darif a bien montré comment l’enracinement de l’UOIF sur le territoire français s’attelait à une « réussite matérielle » au sens premier du terme, c’est-à-dire à une structuration territoriale cohérente et performante[13], à l’image d’une firme commerciale[14] qui aurait pleinement réussi son implantation dans les différentes régions.

D’où la nécessité de faire un « détour » par les histoires locales de l’UOIF pour bien comprendre que sa réussite doit moins à une planification centralisée - un plan d’islamisation défini préalablement par une « technocratie islamique » - qu’à une synergie de succès locaux et sectoriels. A ce niveau, l’UOIF constitue bien une « fédération », au sens où les associations locales relativement « autonomes » par rapport au siège national (La Courneuve), ont contribué chacune à leur niveau à asseoir la success story de l’ensemble du mouvement. En somme, l’épopée de l’UOIF se fonde sur une synergie d’épopées locales, résultant de la mise en commun d’expériences islamiques inscrites dans des contextes sociaux et régionaux particuliers.

A Bordeaux, par exemple, ville pionnière de la fédération, la préhistoire de l’UOIF se confond avec l’action en milieu étudiant. Ici, la réalité matérielle de l’organisation islamique, c’est-à-dire la matérialisation du groupe d’intérêt musulman, renvoie à « l’ambiance universitaire », aux amphis, aux cités étudiantes et aux « resto U », lieux de prédilection, au sein desquels les futurs dirigeants nationaux de l’UOIF feront leurs premières « armes » en matière de militantisme islamique.

Dans le Nord (Lille, Roubaix, Valenciennes..), autre « région phare » de l’UOIF, la matérialisation de l’intérêt collectif « musulman » s’inscrit dans une configuration totalement différente. L’activisme islamique se décline moins sur les registres universitaire et intellectuel que sur les registres populaire (les ouvriers) et ethnique (les immigrés majoritairement originaires du Rif au Nord du Maroc). En somme dans la région de Lille, la future élite islamique a accompli ses premières expériences militantes dans une réalité prolétarienne relativement homogène sur le plan ethnique et la concrétisation de son islamic dream a revêtu des accents populaires « chtimis » (l’islam des corons et des terrils).

Dans d’autres villes françaises, moins importantes en termes d’influence, la matérialisation de l’intérêt musulman, a emprunté les chemins plus modestes de l’association de quartier, de la salle de prière, de l’action de proximité auprès des anciennes et des nouvelles générations de pratiquants musulmans, contribuant malgré tout à la « fabrication » de la future élite islamique à l’échelon local et/ou national.

En définitive, la capacité de l’UOIF à s’imposer progressivement comme la porte-parole du « groupe d’intérêt musulman » dans l’espace public français ne repose pas sur un processus univoque mais sur une forme de synergie des terroirs islamiques locaux, ce qui contredit, en partie, l’idée d’une organisation « totale », voire « totalitaire », porteuse d’un plan de conquête de l’hexagone. Il s’agit moins d’une matérialisation ou d’une structuration unitaire, centralisée et homogène de l’intérêt musulman que d’une mise en réseaux d’expériences locales et régionales.

En retour, la direction actuelle est contrainte de respecter une forme de pluralité interne à l’organisation, en accordant une certaine autonomie aux associations affiliées (environ 200), mode de structuration « souple » que l’on retrouve dans la plupart des groupes d’intérêt. A ce niveau, l’UOIF ne fait pas exception : « Plus l’intérêt est complexe (par les agrégations successives qui sont au principe de sa construction), souligne M. Offerlé, plus les intéressés potentiels sont nombreux, plus il sera nécessaire de prévoir ou plutôt de préserver les traces d’une diversité interne produite par les processus sociaux…Délimitations stables et délimitations labiles au double sens du résultat momentané des luttes internes et externes de délimitation »[15].

La « francisation » de l’UOIF, étape obligée de la reconnaissance officielle

« Exister » pour l’UOIF, c’est aussi accomplir un travail symbolique qui consiste pour la fédération islamique à se construire un label de représentativité, « faire labelliser le groupe comme communauté, comme minorité ou comme totalité potentielle » [16].

Ce processus de labellisation de l’ « intérêt musulman » induit, d’abord, chez les dirigeants de l’UOIF une confusion volontaire entre l’histoire particulière de l’organisation et l’histoire collective du groupe « musulmans ». L’acte de fondation de l’UOIF (1983) est ainsi identifié par les élites ittihadies[17] comme l’acte de naissance de la « communauté musulmane de France » dans son ensemble. Il s’agit d’une mise en récit rétrospective de l’hégémonie de l’UOIF et de sa légitimité à parler au nom de tous les musulmans de l’hexagone, comme s’il y avait un « avant » et un « après » UOIF dans l’histoire de l’islam de France :

« Le monde associatif musulman est encore petit à cette époque, certains de ses responsables vont naturellement se connaître et s’approcher. C’est ainsi que naît l’Union des Organisations Islamiques en France. Cette naissance va marquer une étape déterminante dans l’évolution de la communauté musulmane vivant en France car elle va augurer la naissance de la communauté musulmane de France ». (Discours de Boubakeur El Hadj Amor, 22ème Rencontre annuelle des Musulmans de France, Le Bourget, 25 au 28 mars 2005).

Ce travail symbolique de labellisation suppose, ensuite, une mise en avant de son autonomie organisationnelle à l’égard des autres associations musulmanes (supposées non représentatives), des pouvoirs publics mais aussi des Etats d’origine. L’UOIF véhicule un discours d’autonomie, en se posant comme l’unique défenseur de l’intérêt général musulman de France, par-delà les intérêts particularistes, ethniques et régionalistes :

« L’UOIF réfute toute autre démarche n’émanant pas de ces principes. L’UOIF est une instance indépendante. Elle est guidée dans ses activités, opinions ou attitudes par le seul intérêt de la communauté musulmane de France et le souci d’ordre, d’harmonie et de bien être de la société française » (« L’Union se présente », http://www.uoif-online.com/uoif.php).

La labellisation implique, enfin, un travail de « nationalisation » de sa rhétorique officielle, de ses références et de son sigle, registres de « francisation » qui ne sont pas simplement « stratégiques » ou « opportunistes » mais aussi « ressentis », apparaissant comme les produits d’un long processus d’autochtonisation de l’organisation et de ses dirigeants :

« En 1987 la charte interne de l’UOIF prend le pas et opère un changement majeur dans les priorités. De ‘la sauvegarde’ et l’accompagnement des musulmans en séjour en France, celle-ci fixe désormais comme priorité l’accompagnement de la communauté musulmane de France. C’est à dire l’UOIF va cesser de considérer les musulmans vivant en France comme des étrangers amenés à la quitter pour les considérer comme des citoyens français ou amenés à le devenir. Trois années d’élaboration et de travail sur le terrain vont participer à donner naissance au concept de musulmans de France. En 1990 les orientations de la charte sont reportées dans le nom. L‘Union des Organisations Islamiques en France devient l’Union des Organisations Islamiques de France’ ». (Discours de Boubakeur El Hadj Amor, 22ème Rencontre annuelle des Musulmans de France, op. cit.).

Mais ce double travail de matérialisation et de symbolisation de la « firme UOIF » n’a pu être pleinement efficace que, parce qu’il a été pris en charge très tôt par des élites islamiques qui, au prix de nombreux compromis et tractations internes, sont parvenues à s’imposer comme les « porte-parole légitimes » de la fédération et, au-delà, de la communauté musulmane de France.

Eduquer les « Musulmans d’en bas » : une vision élitiste

La consolidation de l’hégémonie de l’UOIF dans le paysage islamique français est consubstantielle d’un « blocage monopolistique de la représentation » par des porte-parole installés. Là aussi, il convient de dépasser les visions simplistes du « complot islamique » téléguidé par une « élite frériste » à la solde d’une organisation étrangère. L’UOIF ne dépend d’aucune puissance étrangère particulière, contrairement à la Grande Mosquée de Paris (Algérie) et à la Fédération nationale des Musulmans de France (allégeante à Sa Majesté Mohammed VI, roi du Maroc).

La confiscation du pouvoir de la « base musulmane » par une élite est moins le fruit d’une stratégie pensée et planifiée que le prolongement « logique » d’une trajectoire organisationnelle complexe, où se dégage progressivement une « oligarchie cultuelle » qui identifie son destin personnel à celui du « collectif musulman ».

En effet, les dirigeants actuels de l’UOIF vivent leur mandat à la tête de l’organisation non comme une élection politique ou comme une forme de cooptation institutionnelle mais d’abord comme une mission quasi-prophétique et divine. Ils se considèrent comme les bâtisseurs de l’islam de France et la moindre menace qui pointe sur l’édifice tend à être interprétée comme une menace collective, mettant en péril l’ensemble de la communauté musulmane française.

La consécration des dirigeants à la tête de la fédération procède donc moins d’une manipulation ou d’une « OPA »[18], que d’une conformation à l’habitus de l’organisation (UOIF) : « accéder à des postes de responsabilité demande du temps et implique une conformation aux savoir-faire, aux manière d’être, à l’habitus d’organisation qui les a élevés. Parce que leurs ressources initiales sont sans commune mesure avec les ressources collectives auxquelles ils accèdent en tant que porte-parole de l’organisation qui les a faits. S’ils tiennent l’organisation c’est parce qu’ils tiennent mais aussi parce qu’ils sont tenus par elle »[19].

Cette autoreprésentation de leur « mission », largement intériorisée par les simples adhérents et militants de l’UOIF, permet de comprendre le fait qu’aujourd’hui les « négociateurs » et les partisans du compromis soient considérés comme les dirigeants les plus aptes à porter la parole et à défendre les intérêts du mouvement, marginalisant du même coup les élites islamiques critiques. De ce point de vue, la défense de l’intérêt musulman n’est pas incompatible avec le déploiement de logiques clientélistes à l’échelle nationale (ministère de l’Intérieur) et aux échelons locaux (mairies, conseils généraux, conseils régionaux…).

Comme le rappelle fort justement le politiste Jean-François Médard, les logiques de mobilisation collective autour d’un intérêt (ici la défense de « l’intérêt musulman ») peuvent s’accommoder aisément de pratiques clientélistes : « Les exemples ne manquent pas de groupe d’intérêt qui entretiennent des relations privilégiées avec des partis ou des administrations. Ces relations gagneraient à être interprétées dans une optique clientéliste »[20].

La réception du Bourget ne sera jamais le dîner du CRIF : tant mieux !

L’UOIF, organisation spirituelle, religieuse et communautaire, a rêvé un temps de devenir le « CRIF des Musulmans de France » (le CRIM !) qui, lui, rappelons-le, est une organisation laïque respectable à ses débuts mais qui a progressivement évolué comme une « seconde ambassade d’Israël en France » au mépris d’ailleurs des intérêts de la communauté juive de l’Hexagone et de la lutte toujours nécessaire contre l’antisémitisme.

C’est d’ailleurs cette voie que voulait lui faire emprunter Nicolas Sarkozy, candidat permanent à la présidence de la République. En effet, le ministre de l’Intérieur n’a jamais caché ses intentions de « créer » un équivalent musulman au CRIF et il semble qu’il ait jeté son dévolu sur l’UOIF pour jouer ce rôle d’interlocuteur communautaire, selon le « bon principe » du partage sarkozien : les Juifs au CRIF, les Musulmans à l’UOIF ! C’est d’ailleurs dans cette perspective que le candidat permanent à la présidence de la République a organisé un dialogue quasi-officiel entre les deux organisations, comme si chacune d’elle représentait respectivement leur « communauté ».

Mais précisément, c’était mal connaître l’histoire et les structures de l’UOIF, dont la fonction première n’est ni diplomatique, ni politique (même si ces deux dimensions ne sont pas totalement absentes de son activité) mais d’abord religieuse. L’UOIF est une fédération d’associations musulmanes gérant des lieux de prière et des mosquées et non une nébuleuse de « laïcs musulmans », cherchant à se bâtir une pseudo-représentativité communautaire.

Pourtant, force est de reconnaître que certains dirigeants de l’UOIF ont nourri secrètement l’espoir d’être reconnu un jour comme une sorte de « CRIF musulman », à la fois craint et admiré par nos hommes et femmes politiques qui, chaque année, se pressent à son « dîner gala » (le fameux « dîner du CRIF »), au risque même de se faire humilier par le président en exercice, Roger Cukierman, leur distribuant « bons points » et « réprimandes » en fonction de leur degré de soutien à l’Etat d’Israël.

A cet égard, on peut dire que l’UOIF a été paradoxalement sauvée par son échec. En effet, quels hommes ou femmes politiques français oseraient se montrer aujourd’hui au Bourget (même si le couscous et le thé à la menthe y sont succulents !), au risque de passer pour un soutien politique des « barbus », des « fondamentalistes » ou des « intégristes » musulmans, pour reprendre les catégories fantasmatiques en usage sur l’UOIF ?

Force est de constater, qu à l’exception notoire de Nicolas Sarkozy, ce sont souvent les « seconds couteaux » des partis politiques qui franchissent les portes du « Bourget musulman ». Et, c’est peut-être paradoxalement de cet échec politique que les futurs dirigeants de l’UOIF tireront leur force organisationnelle à l’avenir : poursuivre patiemment leur œuvre de bâtisseurs anonymes de l’islam de France, sans prétendre à aucune représentativité politique dans la communauté musulmane. La réception hallal du Bourget ne sera probablement jamais le « dîner-gala » hypermédiatique du CRIF : c’est sûrement une providence du Ciel, sinon un cadeau de la République !

Notes

Notes

[1] BOYER Alain, L’Institut musulman de la Mosquée de Paris, Paris, CHEAM, 1992.

[2] A notre connaissance, le seul travail sociologique sur l’UOIF qui se fonde sur une enquête de terrain est celui de DARIF Khadija, Bricolages identitaires des Musulmans dans l’espace politique français : cas de l’UOIF, mémoire de DEA de science politique, option « Monde arabe et musulman », sous la direction de Vincent Geisser, Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, 2004.

[3] TERNISIEN Xavier, La France des mosquées, Paris, 10/18, 2004. Du même auteur : Les Frères musulmans, Paris, Fayard (coll. « Les dieux dans la Cité »), 2005.

[4] VENNER Fiametta, entretien avec Jacqueline Remy et Boris Thiolay, « La face cachée de l’UOIF », L’Express, 2 mai 2005. Cf. aussi son ouvrage : OPA sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, Paris, Calman-Lévy, 2005.

[5] FREGOSI Franck, « Mieux vaut les associer que les écarter », entretien dans L’Express, 2 mai 2005.

[6] MAKRI Yamin, « Les ‘nouveaux notables’ de la République », www.oumma.com, 25 avril 2005.

[7] VENNER Fiametta, OPA sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, op. cit. ; FOUREST Caroline, « Les lepénistes de l’islam », Libération, 21 décembre 2004 ; BABES Leïla, « L’UOIF, une minorité radicale », L’Humanité, 25 mars 2005.

[8] FREGOSI Franck, « Mieux vaut les associer que les écarter », entretien dans L’Express, 2 mai 2005.

[9] MAKRI Yamin, « Les ‘nouveaux notables’ de la République », www.oumma.com, 25 avril 2005. Cf. aussi la déclaration critique de Tariq Ramadan sur l’UOIF citée par TERNISIEN Xavier, Le Monde, 5 avril 2003.

[10] BREZE Lhaj Thami, discours à l’assemblée générale de l’UOIF, 30 septembre 2005, http://www.uoif-online.com/uoif.php.

[11] OFFERLE Michel, Sociologie des groupes d’intérêt, op. cit., p. 59.

[12] C’est un argument que nous avons souvent entendu dans la bouche des dirigeants nationaux et locaux de l’UOIF, lorsque nous les interrogions sur les éventuels effets négatifs (discrédit, ostracisme…) de la stigmatisation médiatique dont ils faisaient l’objet.

[13] DARIF Khadija, Bricolages identitaires des Musulmans dans l’espace politique français : cas de l’UOIF, op. cit.

[14] HAENNI Patrick, L’Islam de marché. L’autre révolution conservatrice, Paris, République des Idées-Seuil, 2005.

[15] OFFERLE Michel, Sociologie des groupes d’intérêt, op. cit. p.68.

[16] OFFERLE Michel, Sociologie des groupes d’intérêt, op. cit., p. 66-67.

[17] Ittihad est la traduction arabe d’Union. Les membres de l’UOIF sont parfois qualifiés d’ « ittihadistes » (unionistes).

[18] VENNER Fiametta, OPA sur l’islam de France. Les ambitions de l’UOIF, op. cit.

[19] Ibid., p. 85.

[20] MEDARD Jean-François, « Le rapport de clientèle : du phénomène social à l’analyse politique », Revue française de science politique, année 1976, vol. 26, n° 1, p. 126.

Sources Oumma com

Posté par Adriana Evangelizt

 
publié par Adriana Evangelizt dans: Loi 1905

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