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Pseudo: Adriana EvangeliztCatégorie: PolitiqueDescription:
De quel pays Nicolas Sarkozy est-il le Président ? Vu sa politique, on n'a pas l'impression qu'il est le président de France... quel malheur... Marianne agonise sous les coups de boutoir de l'anti-gaullisme...
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Jeudi 20 Mars 2008

Sarkozy, le CM2 et la Shoah :

FBI, "Fausse Bonne Idée",

comme on dit dans les cours de récré...

Written by Franck Biancheri

Comme on dit dans les cours de récréation ces temps-ci, la dernière trouvaille de Nicolas Sarkozy pour éduquer les enfants français sur les camps d'extermination nazis est une FBI ... une Fausse Bonne Idée!

Mais avant d'aller plus en avant, permettez moi, pour une fois, de vous parler de ma famille. Mon grand-père a été fusillé par les soldats du III° Reich. Cela s'est passé près de Moulins, par un belle journée de Septembre 1944. Il était Garde mobile et dans la résistance. Sa mission ce jour-là était d'aider les troupes alliées qui remontaient du Sud de la France à progresser vers le Nord. Par malchance ce jour là sa compagnie s'est heurtée aux restes de la division Vlassov et ils se sont faits tuer et dépouiller de la manière la plus barbare qui soit.

Il y a 14 ans, la gendarmerie française a souhaité baptiser une de ses promotions du nom de mon grand-père. Etait-ce pour que les jeunes gendarmes connaissent tous les détails de sa mort ? Ou bien pour qu'ils s'inspirent d'un exemple de sacrifice pour une juste cause ?
A mon avis, c'était bien pour la deuxième raison. Et si je précise « bien », je veux dire également « à juste titre ».

Car il n'y avait rien de morbide dans cet hommage. Au contraire, c'était le rappel de l'importance toujours nécessaire du sacrifice volontaire quand un homme ou une femme estime que des valeurs essentielles exigent qu'il n'y ait aucune compromission.

Pour toutes ces raisons, l'histoire de ma famille, comme le raisonnement sur la finalité de la mémoire collective, mais aussi le fait que mes parents soient enseignants, je suis à la fois profondément choqué et outré par les déclarations de M. Sarkozy lors du dîner du CRIF, et rassuré de voir que de nombreuses voix dans cette même communauté s'élèvent contre la proposition en question.
Procédons dans l'ordre.

Concernant les déclarations de M. Sarkozy, l'intention qu'il y exprime d'imposer dès la rentrée 2008 à tous les élèves de CM2 (cours moyen 2ème année, l'année de fin de cycle en école primaire en France) à apprendre le calvaire des 11.000 enfants français juifs exterminés par les Nazis me choque profondément; et ce pour trois raisons:

Eu égard à nos enfants, il ne me semble absolument pas souhaitable de les exposer à un exhibitionnisme de la souffrance et de la douleur à un si jeune âge. Je sais que M. Sarkozy adore l'exhibitionnisme émotionnel à outrance (l'affichage public de sa vie privée en est un exemple éloquent); mais il ne représente en cela ni une norme, ni un exemple. Qu'il assume seul ses traumatismes (et il ne s'agit pas ici des camps de concentration) ou ses fantasmes, sans en faire subir d'identiques aux enfants d'un pays entier.

Ensuite par rapport aux enseignants, il n'est pas acceptable en démocratie qu'un chef de l'exécutif se mêle de déterminer le contenu des programmes d'éducation. L'histoire européenne nous a suffisamment enseigné combien il faut se méfier de ces « petits chefs » qui veulent maîtriser le contenu de ce que les enfants apprennent. Toute tentative de ce type doit être, pour un démocrate, immédiatement sanctionnée par une opposition farouche. Que ce président qui veut rentrer à l'Assemblée nationale et dans nos écoles reste à l'Elysée. Là, il a du travail à faire que pour l'instant il ne fait pas.

Et surtout, en pensant aux juifs, il n'est pas imaginable que ceux qui ont été si durement frappés par les crimes nazis puissent une seconde accepter d'occulter les autres victimes de ce régime honni, et se prêter ainsi à une sordide mascarade qui aurait pour effet de détourner les regards des causes du nazisme pour se focaliser partiellement sur ses conséquences. Et que fait-on de toutes ces autres victimes juives de France ou d'ailleurs ? Que fait-on de tous ceux qui, comme mon grand-père, comme des dizaines de millions de Russes et de Slaves, comme des milliers de tziganes, comme des dizaines de milliers de partisans et des centaines de milliers de soldats alliés, qui de ne pas être juifs, n'en étaient ni plus victimes, ni moins victimes du nazisme et de la Seconde Guerre Mondiale. Elles appartiennent comme les six millions de juifs à ce tragique épisode de l'histoire européenne et à notre mémoire collective. Et je suis certain qu'aucune des victimes juives du nazisme n'aurait souhaité être singularisée post-mortem de tous les autres Européens victimes du même régime exécrable.
Alors ma réaction aux déclarations de M. Sarkozy est triple:

Tout d'abord je dis « Non à cet exhibitionnisme malsain » qui vise à plonger de jeunes enfants dans l'horreur. Si Nicolas Sarkozy gère difficilement son équilibre mental et est victime de fascination morbide, ça n'est pas aux jeunes générations françaises de lui servir de laboratoire de soins palliatifs. Et qu'il arrête de transposer à l'échelle collective et historique sa technique électoraliste visant à faire pleurer sur les victimes pour se donner une image d'homme bienfaisant. La construction du personnage cache en effet généralement l'échec de la personne. Et nos enfants de 10 ans ne sont pas là pour exorciser les fantasmes de M. Sarkozy.

Ensuite, je m'adresse à ceux qui auraient pu souffler à M. Sarkozy cette idée aberrante pour que cesse enfin cette récupération de la Seconde Guerre Mondiale par certains descendants d'une partie de ses victimes. Pourquoi? Parce que ce faisant elles pervertissent le devoir de mémoire dont elles se réclament et qu'elles focalisent l'attention collective sur l'une des conséquences de cette tragédie, au lieu de se préoccuper des causes. Le problème de l'avenir n'est pas de pleurer Auschwitz mais d'empêcher que cela recommence, que d'autres victimes, quelles qu'elles soient, soient exterminées pour des raisons de races, de religions, de couleurs, ou autres. Auschwitz est utile à cette tâche en tant que symbole. Il serait contre-productif en tant que monopole. Et je suis rassuré de constater qu'une partie importante de la communauté juive de notre pays réagit vigoureusement contre l'initiative de M. Sarkozy.

Enfin, que M. Sarkozy arrête de figer la mémoire collective française dans une contemplation morbide des morts de la Seconde Guerre Mondiale (que ce soit avec Guy Môcquet ou les enfants déportés). C'est une époque dont notre monde est issu mais à laquelle il n'appartient plus. Aujourd'hui nous bâtissons chaque jour l'Europe avec nos amis allemands, italiens, espagnols, ... qu'ils soient juifs, catholiques, protestants, orthodoxes ou plus souvent encore, non-croyants. Et ce rapport obessionnel avec 1939-1945 qu'entretient M. Sarkozy n'a comme principal résultat que d'amplifier les échos d'une époque où nous, Européens, nous nous sommes entre-tués sauvagement. Les Allemands d'hier ne sont pas ceux d'aujourd'hui, et encore moins ceux de demain. Et s'il est utile que la très jeune génération française, qui se reconnaît dans le groupe allemand Tokio Hotel, connaisse les moments les plus noirs de l'histoire de ce pays, il est en revanche scandaleux qu'on tente de la forcer à s'approprier les souvenirs de ces moments les plus sombres et ainsi à biaiser le regard qu'elle pourrait porter sur les autres Européens.

N'oublions pas non plus que celui qui joue ici, aujourd'hui, avec la mémoire des adultes et la sensibilité des enfants, est aussi celui dont la police traque les enfants des sans-papiers jusque dans les classes d'écoles et qui répète à tout va qu'il craint un conflit de civilisations.

« Il est encore fécond le ventre d'où a surgi la bête immonde », comme l'a écrit Berthold Brecht. Et en fait il le sera toujours car cette bête immonde appartient à la face obscure de l'humanité.

Aujourd'hui les petits fils d'Hitler, Pétain, Mussolini et Staline essayent de reprendre le pouvoir en Europe.1 Cependant, le nazi de demain n'aura pas l'apparence de celui d'hier; tout comme le juif de demain ne sera pas non plus celui d'hier. Alors, apprenons à nos enfants et à nos concitoyens à discerner le retour de la « bête immonde » dès ses premiers vagissements plutôt que de les focaliser sur les conséquences de ses actes passés, au risque de détourner leur attention du présent et de l'avenir. 

Sources Newropeans

Posté par Adriana Evangelizt

publié par Adriana Evangelizt dans: Sarkozy jugé sur ses actes

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