Esther Benbassa . Historienne
« Il y a une guerre des mémoires »
par Walid Mebarek
Spécialiste de l’histoire du judaïsme, elle remet en cause la volonté de placer l’Holocauste au-dessus des autres génocides et ce qu’elle nomme « la concurrence des victimes ».
Dans votre récent ouvrage, La souffrance comme identité, on relève la notion de « victimité » liée à l’histoire du judaïsme. Pour vous, elle cultive une exclusivité de la souffrance…
Dans une société pareille, la place de l’individu qui ne réclame pas la v »ictimité » mais simplement le droit à être là, à vivre comme les autres, celui-là disparaît quelque peu. Je pense que dans les années qui viennent, nous allons être confrontés à cette concurrence des victimes. Il y aura des gagnants et des perdants. Souvenez-vous de cet alinéa de la loi qui disait qu’il fallait enseigner à l’école française les aspects positifs de la colonisation. Les Noirs, surtout issus des Dom-Tom, avec une meilleure connaissance des rouages de la République, ont pu faire admettre une Journée de commémoration de l’esclavage pour le 10 mai, tandis que les citoyens arabo-musulmans, en France, qui ont une moindre expérience politique et « diasporique », n’ont pas pu faire reconnaître une telle journée en souvenir des affres coloniaux. On les a confinés dans un monde qui ne serait que celui de la religion. On a créé le CFCM (Conseil français du culte musulman), mais on ne reconnaît pas les ravages de la colonisation. C’est cela la concurrence des victimes, celui qui a le plus d’expérience prend le dessus pour faire reconnaître sa mémoire blessée.
Vous avez fouillé la sémantique en expliquant, documents à l’appui, comment les mots ont pris leur place : Holocauste, Shoah. Dans cette bataille du langage, vous parlez même de « religion de la Shoah » comme « religion de l’identité » …
Les mots sont compliqués tout de même. Ne croyez pas que la bataille des mots a été gagnée. Lanzmann a imposé avec son film le mot Shoah qui est un mot particulariste et non un mot comme génocide, compréhensible par le plus grand nombre. Chaque génocide a sa particularité. La Shoah peut bien figurer avec les autres génocides pour rappeler la cruauté humaine qui n’appartient pas à telle ou telle nation. Toutes les nations sont capables de choses pareilles. Bien sûr, le mot génocide, créé après le massacre des Juifs, est de moins en moins employé, en lieu et place de Shoah qui est un terme hébraïque qui signifie au départ désastre causé par la colère de Dieu. Donc, ce n’est pas un mot anodin. Il hébraïse et judaïse le génocide en le séparant des autres. Il n’y a cependant pas de guerre des mots, il y a une guerre des mémoires. La mémoire de la Shoah occupe une place trop présente qui a fini par laisser peu de place aux autres mémoires blessées. Aucun génocide ne peut prendre la place d’un autre, on ne va pas jouer ce jeu dangereux. Le devoir de mémoire juif, qui rappelle une catastrophe immense, est naturel. Personne ne mettra en doute le besoin de reconnaissance d’une telle tragédie, mais est-ce que cette mémoire doit masquer d’autres ? C’est cela le problème.
Vous venez d’employer le terme de catastrophe. Cela rappelle celui des Palestiniens, nakba, qui signifie la même chose…
Il est important de voir comment les gens perçoivent leur propre tragédie. Les Palestiniens considèrent cette catastrophe comme l’équivalent de l’Holocauste. On peut ne pas être d’accord mais on ne peut pas leur dire : n’utilisez pas ce mot. Pour les Palestiniens, c’est devenu aussi un enjeu pour la construction de leur identité dans un parallélisme avec la mémoire juive du génocide, très important dans leur revendication juste d’un État. Les préjudices subis, dès 1948, l’expulsion de la terre de leurs aïeux, sont une catastrophe, un marqueur essentiel de leur identité et de leur lutte pour l’indépendance.
Vous dites qu’Israël a intériorisé sa souffrance qui l’empêche de voir celle des autres et, à sa porte, celle du peuple palestinien.
Cette souffrance a pris une telle place dans la mémoire juive et israélienne, et d’ailleurs ceux qui la revendiquent ne sont pas ceux qui en ont souffert mais les descendants qui ont hérité de la transmission de cette souffrance. Bien sûr, on ne peut pas non plus mettre de côté son utilisation à mauvais escient. Tous les groupes ethniques et religieux savent utiliser les catastrophes, on ne va pas leur donner des leçons. Les Israéliens de tous âges sont tellement envahis par cette souffrance qu’ils ont du mal à voir celle de leurs voisins palestiniens. La souffrance de l’autre devient quasiment invisible, et pourtant aucune souffrance ne donne le droit de sous-estimer la souffrance de celui qui est en face de soi.
Qu’est-ce qui vous a amenée à rédiger cet ouvrage complexe ?
Je m’intéresse à ce sujet depuis très longtemps, tout simplement parce que ces dernières années la mémoire joue un rôle important d’élément rassembleur, pas seulement au sein du monde juif, mais aussi par rapport à la colonisation, aux Noirs, pour ce qui concerne l’esclavage, et à d’autres groupes minoritaires. J’ai voulu savoir d’où cela venait, car c’est la mémoire des Juifs qui est prise pour modèle. Pourquoi les Juifs arrivent à revendiquer avec tant de force cette souffrance ? Cette souffrance a-t-elle toujours existé dans la mémoire juive ? Je suis remontée jusqu’aux textes bibliques. On y voit que la souffrance a cimenté le groupe face aux persécutions subies à certaines périodes, pour empêcher les Juifs de quitter le judaïsme. Plus proche de nous, le point principal de mon livre, c’est de savoir comment la Shoah a commencé à devenir un marqueur identitaire pour des gens qui s’éloignaient de plus en plus de la religion. On a abouti quelque part à une sorte de religion civile, facilement compréhensible par ceux qui ne sont pas juifs. Israël occupe une place importante dans cette religion qui se met en place. Si l’Holocauste se trouve en son centre, la rédemption, après cette catastrophe, est représentée par Israël. La Shoah sert aussi les intérêts sécuritaires d’Israël. On va mettre en avant la Shoah pour dire qu’il ne faut pas que cela se répète et que pour cela, Israël a besoin de frontières sûres.
Comment a été accueilli votre livre ?
Il a été très bien reçu par la presse, avec un nombre de comptes rendus importants et ceci malgré le fait que sa lecture ne soit pas facile. Mais, à l’intérieur de la communauté juive, il y a eu des remous, et même une déclaration du président du CRIF (Ndlr : Conseil représentatif des institutions juives de France), et de quelques intellectuels juifs organiques qui ont refusé de parler avec moi à la radio. C’est leur problème. Je dis des choses qui se disent dans le monde académique depuis longtemps. Le livre est traduit en anglais, en espagnol, en italien et dans d’autres langues. Je n’ai jamais omis de déclarer que j’étais femme, juive, française et intellectuelle. Quelqu’un qui est intellectuel organique de sa communauté ne peut pas revendiquer le statut d’intellectuel car nous ne sommes pas au service des intérêts d’une communauté. Bien sûr, défense d’Israël, propos tenus sur l’Holocauste, mise en garde contre le risque d’un nouvel Holocauste, tout cela, même si les peurs qui animent les êtres sont à prendre en considération avec le plus grand respect, tout cela fait partie de la rhétorique des politiciens. Le CRIF et certaines autres institutions juives en diaspora bâtissent leur politique autour de cela. On peut comprendre la position d’Israël sur cette question, puisqu’elle a ses propres intérêts et moi, en tant qu’intellectuelle, je peux regarder avec plus de distanciation cette question, sans entrer dans les méandres de la politique de défense d’Israël dont je soutiens l’existence, ce qui ne m’empêche pas de soutenir l’aspiration palestinienne à un Etat indépendant. Cela n’empêche pas que je sois très mal vue et critiquée à l’intérieur de la communauté institutionnelle. Je le comprends et l’admets. Je suis une voix dissidente, je ne suis pas la première et j’espère que je ne serai pas la dernière.
Sources El Watan
Sarkozy veut enseigner la Shoah à l’école
Malaise dans les milieux scolaires et de l’immigration
par Nadjia Bouzeghrane
L’idée de Nicolas Sarkozy de « confier la mémoire » de chacun des enfants juifs de France victimes de la Shoah aux élèves de CM2 soulève de nombreuses interrogations parmi de nombreux enseignants, parents, psychologues, historiens qui expriment leur malaise. La classe politique est quant à elle divisée.
La polémique et la controverse n’ont pas fini de s’installer. « Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne », a déclaré le président Sarkozy lors du dîner annuel du CRIF mercredi soir. « Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge », a ajouté Nicolas Sarkozy.
Pourquoi cette initiative aujourd’hui, sans concertation avec ceux qui sont concernés et qui ont un avis autorisé sur la question de par leur champ d’activité ? D’autant que la Shoah est déjà enseignée à l’école. N’est-ce pas trop lourd à porter pour un enfant de 11 ans ? se demandent notamment enseignants, psychologues et parents ? D’aucuns dénoncent une opération de marketing de la part du président Sarkozy au moment où il est en chute dans les sondages, alors que sa politique sur le pouvoir d’achat soulève une vague de mécontentement social. « Le passé est devenu un entrepôt de ressources politiques ou identitaires, où chacun puise à son gré ce qui peut servir ses intérêts immédiats. Il est inquiétant de voir qu’une fois de plus, le – mauvais – exemple est donné au plus haut niveau, que la "mémoire" et la défense de bons sentiments ne servent qu’à faire passer les ombres de la politique réelle », écrit l’historien Henry Rousso dans Libération. « Je trouve qu’il y a une morbidité exceptionnelle dans cette démarche », estime l’historienne Esther Benbassa (lire interview dans supplément Arts et Lettres de jeudi), interrogée par Le Parisien. La directrice d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, juive elle-même, ne voit pas pourquoi « infliger une telle émotion à des enfants d’aujourd’hui qui n’y sont pour rien dans la mort des petites victimes de la Shoah ». « A ne jamais sortir les juifs de cette seule identification aux victimes de la Shoah, on risque, au contraire, de créer des inimitiés chez les autres groupes. Je crains l’effet contraire, le risque du rejet au lieu de la pacification des relations. Oui, il faut enseigner la mémoire de la Shoah, mais comme toutes les mémoires : en parlant aussi des vivants et pas seulement des morts. Va-t-on aussi porter demain le nom d’un colonisé, d’un Arménien, d’un immigré ? », ajoute-t-elle.
Si le premier secrétaire du PS, François Hollande, soutient l’initiative du président Sarkozy, en affirmant que « chaque fois qu’on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire ». L’ancien Premier ministre de droite, Dominique de Villepin, estime qu’« on ne peut pas imposer la mémoire ». Les syndicats enseignants dénoncent « l’injonction politique sans aucune concertation ». « Lettre de Guy Moquet, Semaine citoyenne ou du développement durable, prévention contre l’alcoolisme, sécurité routière… empilées sans hiérarchie, les enfants vont finir par ne plus faire la différence entre le gadget et le fondamental », avance le Snalc (classé à droite). Selon le ministre de l’Education nationale, la mesure préconisée par le président Sarkozy ne serait pas obligatoire. L’injonction présidentielle de faire parrainer un enfant juif tué par les nazis par un enfant de CM2 rappelle le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 imposant à l’école d’enseigner les aspects positifs de la colonisation. Le débat n’est pas épuisé : est-ce au président de la République, ou aux députés, soit aux politiques, de manière plus large, de dicter la manière dont doit être enseignée l’histoire ? Et si l’on se place dans la logique du chef de l’Etat français, l’école ne devrait-elle pas porter les autres mémoires de France, celles des victimes de l’esclavage, de la colonisation ? N’y a-t-il pas là aussi un devoir de mémoire ?
Sources El Watan
Posté par Adriana Evangelizt
par Eva

La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. En effet, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des "non-personnes", furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays. Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors "la destruction des vies inutiles". Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du "gibier" tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.
En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la "plaie tsigane" dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique et permanente. Puis vint, dès 1933, la "stérilisation eugénique", l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35 et, enfin, les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.
C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940.
Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.
Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée. Tragédie supplémentaire, le nom des victimes tsiganes ne fut même pas mentionné durant le procès de Nuremberg ! L’oubli total... alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures - ni plus ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.
En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la "guerre secrète des Tsiganes". Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.
En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence - et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts a toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélébile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.
Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?
Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les Juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.
Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.
C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux nomades, celui de Saliers.

Photographie de la construction du camp, octobre 1942 (142 W 76)
Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Il s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.
Ceux qui ont survécu à l’enfer ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.
Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20 000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz : "Mission terminée, traitement spécial exécuté". Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms et Kalderas auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.
Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.
Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés. Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.
Définitif ?
Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.
Eva
Sources Ya Basta
Posté par Adriana Evangelizt
par les Fils d'Abraham
La dernière invention de Sarkozy : confier la mémoire d'un enfant victime de la shoah à un élève de CM2. Il ferait mieux de s'occuper de choses plus concrètes. Les dérives communautaristes de Nicolas Sarkozy commencent sérieusement à nous poser problème. Voire à nous énerver et à nous porter sur le système.Tout comme les diverses pressions exercées par l'organisation sioniste du Crif depuis quelques années. Pressions incessantes exercées sur le gouvernement français pour toujours quémander quelque chose "au nom de la mémoire". Quelle mémoire, ne pouvons-nous nous empêcher de demander quand on voit ce qui se perpètre en Palestine depuis justement la fin de la dernière guerre ? Où est-elle la mémoire des Crifiens qui soutiennent sans condition le gouvernement inique d'Israël ? Où est-elle ? Et où est leur morale pour ne pas dire leur moralité ? Il nous semble qu'ils sont bien mal placés pour imposer à nos enfants de France -quelle que soit leur nationalité et leur religion- quelque chose de mémoriel. Ces gens-là passent leur temps à vouloir criminaliser le monde entier et à faire culpabiliser tous les pays de la planète pour un drame qui s'est passé voilà bientôt 70 ans en oubliant copieusement qu'il n'y a pas que les juifs qui ont été victimes du nazisme. Il serait certainement plus porteur d'apprendre à notre jeunesse comment vivent les Gitans ou les Palestiniens. Les premiers ayant connu aussi les camps et vivant toujours comme des parias. Les seconds traités comme des sous-humains par les descendants de ceux-là même qui sortaient des mêmes camps. Où est la mémoire de ceux-là ? Que leur a-t-on appris ? La leçon a-t-elle été comprise ?
En tant que Juifs Français modernes, progressistes, libertaires, libres, libérés du sionisme et du joug de la religion, en tant qu'individus tournés vers l'avenir, nous refusons que ce devoir de mémoire soit imposé à nos enfants et s'il est imposé, nous donnerons l'ordre qu'ils transgressent ce diktat. Nous sommes certainement plus éclairés que les communautaristes pour savoir ce que nous avons à faire. Nous pensons, de surcroît, qu'ils n'ont pas à s'immiscer dans la scolarité des enfants de la République. C'est sans compter le ras-le-bol de ces éternelles récriminations. Il n'en ont jamais assez. La Shoah par ci, la mémoire par là. Un monument ou un mémorial. Un jour de souvenir en plus. On n'en finit pas. A force, cela devient vraiment lassant tant pour les non-juifs que pour les juifs comme nous. Qu'on nous foute la paix ! Oubliez-nous ! Oubliez les Juifs, par pitié. Vous nous faites honte. Et vous salissez la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus. Vous la salissez car, nul doute, que du haut de leur ciel, ils vous observent. Et ils voient tout ce que vous faites ou laissez faire en Palestine au nom de leur mémoire. Nous savons qu'ils ne sont pas fiers de vous. Ni de ce que vous avez fait d'eux. Et c'est parce qu'ils nous le disent que toutes vos initiatives sur le territoire de France nous dérangent. Parce que vous avez la sale manie de parler ou de penser au nom de tous les juifs. Nous vous disons "Ca suffit !" La coupe est pleine. Le vase déborde. Vous n'êtes pas représentatifs de l'esprit judéen et vous n'avez pas à parler à notre place.
Nous espérons donc fortement que tous les instituteurs monteront au créneau pour refuser ce passe-droit à une partie d'une communauté qui prend des initiatives au nom de tous ses membres sans les avoir consultés. Nous sommes contre le "devoir de mémoire" et contre la "repentance" dans la mesure où ceux qui les inspirent sont incapables de les appliquer. Sinon, il y a longtemps que la Palestine serait un Etat. Et non un monceau de cadavres.
Posté par Adriana Evangelizt
III-Jacques Chirac, un « philosémite pro-arabe » à l’Elysée
La politique chiraquienne à l’égard du Proche-Orient est caractérisée par des contradictions : le président français, proche des juifs français, cherche à ménager l’État d’Israël tout en essayant de promouvoir les intérêts de la France dans le monde arabe. Le passé politique de Jacques Chirac, lorsqu’il était premier ministre Valérie Giscard d’Estaing, a déjà montré la nature de ses contradictions : d’un côté il multiplie les gestes envers la communauté juive de France et de l’autre il œuvre pour la coopération militaire avec l’Irak qui aboutit à la constitution du réacteur nucléaire d’Osirak détruit par l’aviation israélienne en 1981.
En 1995, Chirac est le premier président français à reconnaître, lors d’un discours qui a reçu un grand écho en Israël, la responsabilité de l’État français dans la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale. En 1996, Chirac se rend en Israël mais son voyage tournera à l’incident diplomatique après avoir été bousculé par les gardes du corps. En 2000, c’est le premier ministre Jospin qui est en voyage en Israël, voyage au cours duquel il qualifiera à plusieurs reprises le Hezbollah d’organisation terroriste ce qui lui vaudra des jets de pierres à la sortie de l’université de Bir-Zeit.
Les années 2000 sont caractérisées par des tensions entre la France et Israël notamment à cause des accusations d’antisémitisme que les dirigeants israéliens portent contre la France. En janvier 2002, le vice-ministre des affaires étrangères, Michael Melchior, déclare que la France est le « pire pays occidental » du point de vue de l’antisémitisme. En 2004, Ariel Sharon demande aux juifs français de venir s’installer en Israël à cause de l’antisémitisme. A cette époque, la politique proche-orientale a connu des revirements permanents, « en dents de scie » selon l’expression d’Elie Barnavi et Luc Rosenzweig : Arafat est soigné à Paris en octobre 2004 mais Sharon est en visite à Paris en juillet 2005 et la France, à l’instar d’Israël, se montre ferme à l’égard de Damas et Téhéran.
Commentaire du CAP
Nous sommes d’accord avec l’auteur pour dire que la politique chiraquienne à l’égard du Moyen-Orient est traversée par des contradictions, des tensions, des revirements. Marc Hecker oublie cependant de dire que sous Chirac la politique étrangère n’est qu’une pale copie de la politique gaullienne. Car les débuts de la 5ème République ont voulu marquer une rupture avec la collaboration puissante qui unissait la 4ème République avec Israël alors que les présidences chiraquiennes semblent avoir pris acte de l’héritage sioniste de la politique mitterrandienne et avoir voulu l’aménager dans un sens qui ne nuise pas trop aux intérêts de la France au Moyen-Orient.
En outre, la politique étrangère sous Chirac aurait très bien pu partir du fait qu’un mouvement social de résistance fort s’est constitué en Palestine, celui de la première intifada (1987) et de la seconde (2000), pour faire pression sur l’État sioniste, pour éviter de trop lui concéder. De ce point de vue, la situation était plus difficile, plus contraignante à l’époque de de Gaulle où les questions proche-orientales étaient essentiellement déterminées par les rapports entre les États de la région et les grandes puissances.
On voit clairement à la lecture de ces situations différentes que la référence au gaullisme n’a qu’une valeur symbolique pour Chirac, que sa pratique s’inscrit plutôt dans la continuité du mitterrandisme et de sa politique pro-israélienne.
Si on se focalise maintenant sur les citations, les personnalités ou les auteurs mis en exergue, on se rend compte que de ce côté-là aussi Marc Hecker se fourvoie. L’expression « philosémite pro-arabe » pour désigner Jacques Chirac est due à Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, connu pour son sionisme éhonté et placé par l’auteur au rang de référence intellectuelle ultime dans ce chapitre. Mais analysons l’expression en elle-même.
Que signifie être « philosémite pro-arabe » ? Que l’on aime les juifs mais qu’on défende les intérêts des arabes ! Cela n’a pas de sens ! Chirac aimerait les juifs et défendrait les intérêts des arabes. A la rigueur, il peut aimer les juifs et défendre les intérêts français en pays arabes. Et encore, car la réaction de la France lors de l’agression du Liban à l’été 2006 par l’armée israélienne a été bien molle, ne condamnant que l’ « usage disproportionné de la force ».
Or le Liban est considéré historiquement par la France comme un pays stratégique pour elle dans la région et comme un « pays ami ». En revanche, l’État français s’est montré ferme à l’égard de la Syrie et de l’Iran lorsque ceux-ci étaient soupçonnés d’ingérence dans la situation politique libanaise, comme si la France, elle, était fondée en droit à y intervenir. Et Marc Hecker continuant de se référer à Elie Barnavi, reprenant à son compte l’expression « relations en dents de scie entre les deux pays » alors que les provocations israéliennes, les chantages à l’antisémitisme, n’étaient qu’un moyen de pression sur l’État français pour obtenir de lui un approfondissement de la collaboration. Processus qui sera parachevé par l’arrivée au pouvoir de Sarkozy et l’alignement de la politique étrangère française sur la politique extérieure des États-Unis.
Partie 2 : Les modalités de la défense des intérêts de l’État d’Israël en France
Chapitre 1 : Les principaux acteurs de la défense d’Israël en France
Trois types d’institutions s’occupent de la défense des intérêts d’Israël en France: il s’agit de l’ambassade d’Israël, des associations juives et des associations laïques favorables à l’État d’Israël.
I-L’ambassade d’Israël à Paris, défenseur essentiel de la cause israélienne en France
Le premier élément qui explique la forte activité de l’ambassade d’Israël en France, c’est sa taille : 42 diplomates. L’ambassade d’un pays d’envergure comparable comme le Liban n’en possède que 3 et celles du Brésil 19, de l’Inde 19 et des États-Unis 21. A cela il faut ajouter quatre consulats israéliens implantés à différents endroits du territoire français. L’explication de l’importance de l’ambassade d’un petit pays comme Israël réside en premier lieu dans la densité des relations franco-israéliennes. Le deuxième facteur selon Barnéa Hassid, porte-parole de l’ambassade d’Israël, tient au fait que les fonctionnaires détachés auprès de l’ambassade obtiennent l’immunité diplomatique, ce qui grossit les chiffres de cette institution. Enfin, l’importance de la communauté juive en France et les liens puissants qui l’unissent à l’État d’Israël constituent l’ultime élément qui conditionne l’importance et la spécificité de cette ambassade.
Généralement, l’ambassade d’Israël et les organisations juives entretiennent des relations apaisées et travaillent de concert, exceptée la période où Ovadia Soffer était à la tête de l’ambassade et Théo Klein à la tête de CRIF (période 1986-1989). Des divergences politiques opposaient les deux leaders, Théo Klein étant pour la négociation avec l’OLP et la création d’un État palestinien. Aujourd’hui les positions politiques du CRIF, et ce depuis le départ de Théo Klein, sont identiques à celles de l’ambassade. Une solidarité puissante, des rapports entre « frères » selon le mot de Barnéa Hassid, unissent donc l’ambassade d’Israël aux organisations juives et plus généralement à la communauté juive, qui a tendance à considérer les diplomates israéliens en France comme ses porte-parole.
Commentaire du CAP
Les descriptions de l’importance de l’ambassade, de ses rapports avec le CRIF et la communauté juive apportent des informations utiles pour comprendre l’ampleur de la mobilisation en France pour les intérêts d’Israël. On y voit clairement que l’ambassade jouit d’une légitimité forte auprès de la population juive mais une telle adhésion au sionisme, un tel soutien apporté au système colonial israélien ne sont pas questionnés. Un tel positionnement politique en faveur de l’État d’Israël bafoue pourtant les droits les plus élémentaires à l’existence des palestiniens, c’est l’acceptation du racisme institutionnalisé et la caution donnée aux massacres et à la purification ethnique. Marc Hecker se garde bien d’aborder les problèmes qui fâchent craignant sans doute de s’attirer les foudres de la nouvelle inquisition sioniste, prête à taxer d’antisémitisme tout ce qui ne s’agenouillera pas devant Israël. Mais cette prudence qui peut se comprendre n’est pas la seule raison de l’absence d’analyse critique des faits présentés. Marc Hecker est lui-même contaminé par les conceptions sionistes, celles qui vont dans le sens de la solution illusoire à deux États, et finit par prendre comme allant de soi des faits qui méritent interrogation.
II-Le rôle des associations juives dans la défense des intérêts d’Israël en France
Il existe en France 3000 organisations juives qui ne mobilisent pas plus du tiers de la communauté juive estimée à 600000 personnes.
Le CRIF a été crée en 1944 avec pour vocation d’unifier les actions de sauvetage des juifs persécutés. Aujourd’hui, l’objectif central du CRIF est la promotion des intérêts d’Israël. L’article 1 des statuts de 2000 est significatif à cet égard : « le CRIF manifestera à tous moments et par les moyens appropriés les sentiments de solidarité et d’attachement de la communauté juive de France envers l’État d’Israël ». La vraie rupture a eu lieu en 1977 avec une nouvelle charte qui selon Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey fait du CRIF un « lobby d’Israël en France ».
Le CRIF regroupe aujourd’hui une soixantaine d’associations. En théorie, il a le monopole de la représentativité politique des juifs de France mais il arrive que d’autres organisations entrent en concurrence avec lui comme le Consistoire Central au moment de l’arrivée de Joseph Sitruk au poste de grand rabbin de France en 1987.
D’autres organisations interviennent aussi sur des sujets d’ordre politique : le B’nai B’rith, l’UEJF, l’UPJF, Siona, la Wizo.
Le B’nai B’rith a été crée en 1845 sur le modèle de la franc-maçonnerie. Il regroupe aujourd’hui 500.000 membres dans 57 pays dont 2.500 en France. Il est considéré comme une organisation humanitaire (statut d’ONG auprès de l’ONU) mais parmi ses missions figure clairement le soutien à l’État d’Israël.
L’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) compte 15.000 membres et « se pose en soutien réfléchi et efficace de l’État d’Israël ». La Wizo est la première organisation féminine sioniste. Elle compte 250000 membres dont 7000 en France et prend clairement des positions en faveur d’Israël. L’UPJF (Union des Patrons Juifs de France) est une organisation qui se pose en véritable « lobby pro-israélien » selon l’expression d’Emmanuel Weintraub, ancien vice-président du CRIF. Elle entretient des liens étroits avec l’AIPAC aux États-Unis. Le deuxième objectif de l’organisation est de « développer une solidarité active et une aide à Israël et à son gouvernement élu démocratiquement ». Elle compte 1.000 membres.
Toutes ces organisations ont une forte capacité de mobilisation lors des manifestations et travaillent de concert avec le CRIF.
Commentaire du CAP
Marc Hecker décrit avec clarté les grandes organisations juives en France et montre précisément à la fois leur caractère politique et leur sionisme-même si l’auteur n’aime pas utiliser ce terme-en explicitant les articles de leurs chartes respectives qui manifestent leur attachement et leur soutien à Israël. Cependant l’auteur élude la question de l’existence d’un lobby pro-israélien en France représenté par l’une de ces organisations ou par toutes ces organisations prises ensemble. Même un sioniste comme Weintraub ose affirmer par exemple que l’UPJF constitue un lobby mais Marc Hecker ne commente pas cette assertion, préfère passer outre, évitant ainsi de faire des vagues. Pourtant ses descriptions concrètes allaient dans le sens de la thèse de l’existence d’un lobby pro-israélien puisque l’on y apprend que les différentes organisations affichent les mêmes positions sionistes et qu’elles travaillent conjointement, sous la bannière du CRIF, lors de certaines mobilisations. Ce refus de poser la question du lobbying chez Marc Hecker traduit en fait la peur de considérer que la communauté juive en France a un poids politique considérable sur le système politique français. En niant cette réalité, l’auteur se trouve déchiré entre des études concrètes lucides dénonçant l’influence juive pro-israélienne et des conceptions politico-théoriques plutôt favorables au sionisme. Si les représentations théoriques constituent un obstacle à l’analyse au lieu de contribuer à la connaissance et à la compréhension du réel, alors il est clair qu’elles s’apparentent davantage à de l’idéologie qu’à une méthode de recherche.
III-L’implication d’associations et d’institutions laïques pour la défense d’Israël en France
L’Association France-Israël est l’organisation la plus active dans la défense des intérêts d’Israël. Elle est l’héritière de l’Association France-Palestine crée en 1926 et dont le but était la création d’un État juif au Proche-Orient. En 1948, l’association devient France-Israël et se donne pour objectif de renforcer les liens entre la France et Israël. Certains membres à la tête de l’association sont aussi impliqués dans des associations laïques pro-israéliennes comme Rudy Salles qui est vice-président de l’Association France-Israël, vice-président de l’assemblée nationale, président du groupe d’amitié parlementaire France-Israël, membre du bureau exécutif de l’Association des Elus Locaux et Maires Amis d’Israël (Adelmad).
Le Groupe d’amitié parlementaire France-Israël comprend 103 députés, toutes tendances politiques confondues. Selon Rudy Salles, ce groupe vise à « informer les députés français sur ce qui se passe en Israël, sur la réalité de la situation et pour qu’Israël soit toujours au cœur des préoccupations du Parlement français ». Ce groupe a son équivalent au Sénat : le Groupe d’amitié France-Israël au Sénat dirigé par Philippe Richert.
Les motivations qui expliquent l’engagement en faveur d’Israël dans le cadre de ces associations laïques ne relèvent pas d’un racisme anti-arabe comme l’ont montré les entretiens effectués. Deux types d’argument sont souvent invoqués pour justifier le soutien à Israël : cet État constitue la seule véritable démocratie dans la région (justification de Rudy Salles) ou les Juifs ont trop souffert pendant la seconde guerre mondiale (justification de Philippe Richert).
Commentaire du CAP
103 députés font partie du Groupe d’amitié France-Israël ! L’affaire est bien plus grave que la simple existence d’un lobby qui essaierait d’influencer la politique française de l’extérieur. Le sionisme est au cœur des institutions et de l’État français. Sans parler des députés qui ne sont pas dans ce groupe mais qui partagent des positions sionistes. Sans parler de l’Adelmad qui comprend plus de mille élus et dont le président n’est autre que le fameux député de Seine-Saint Denis et vice-président de l’Assemblée nationale Eric Raoult, connu pour son couvre-feu imposé aux mineurs pendant les émeutes de novembre 2005. Ou de l’Association France-Israël qui a pour président Gilles-William Goldnadel, pour président d’honneur Michel Darmon (ingénieur général du Génie Maritime) et pour vice-présidents Georges Frèche (député-maire de Montpellier), André Rossinot (ancien ministre, député-maire de Nancy), Gilbert Gantier (député de Paris), Claude Goasgen (ancien ministre, député de Paris), Paul Schaffer (industriel), Rudy Salles (vice-président de l’Assemblée Nationale, président du Groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée Nationale, député des Alpes Maritimes) et qui comprend dans ces instances dirigeantes des dizaines d’autres élus, chefs d’entreprise, scientifiques, professeurs, médecins, journalistes, etc.
Les pratiques de lobbying des organisations sionistes existent et consistent à influencer par différents moyens les décisions prises par l’État français. Mais elles ne constituent que la face émergée de l’iceberg. Car le travail en profondeur en faveur des intérêts d’Israël est organisé à l’intérieur même des cercles de pouvoir par les sionistes qui détiennent des positions-clé dans le système, au gouvernement, au parlement, dans les échelons locaux du pouvoir, au sein de l’armée, dans les partis et les associations, dans la magistrature, au sein des médias, dans les universités et les centres de recherche. L’État français est acquis au sionisme, c’est aussi l’idéologie dominante dans les classes dominantes contemporaines et même au sein de la population règne un sionisme ambiant relayé tambours battants par ces appareils idéologiques d’État qu’on appelle les medias. Car combien sont-ils ceux qui remettent en cause aujourd’hui l’existence-même de l’Etat colonial d’Israël ? L’Etat d’Israël est un État colonial et raciste, c’est sa nature profonde, l’histoire de son expansion, de ses guerres permanentes et de ses pratiques de purification ethnique le prouve abondamment. Accepter l’existence d’un État israélien à côté d’un Etat palestinien, c’est se situer encore et toujours sur les plates-bandes idéologiques du sionisme.
Chapitre 2 : Les pratiques des défenseurs des intérêts d’Israël en France
I-Rencontrer, discuter, informer
L’essentiel du travail des défenseurs de l’État d’Israël consiste à rencontrer les décideurs et à les informer sur le Proche-Orient car ils considèrent que les medias sont injustes dans le traitement réservé à Israël, voire antisémites. Certains groupes pro-israéliens veulent convaincre les journalistes d’être plus conciliants à l’égard d’Israël (grâce à des discussions, des voyages organisés en Israël). Cependant, on ne peut pas reprocher aux organisations pro-israéliennes de faire de la propagande car leur credo permanent est celui de l’objectivité.
Le travail d’information vise aussi de manière spécifique les cercles de pouvoir, de l’élu local au président de la République. L’Adelmad organise une fois par an au moins un voyage d’élus locaux en Israël. Le CRIF organise de son côté des voyages de députés. De même le diner annuel du CRIF rassemble chaque année de nombreuses personnalités politiques. Les contacts les plus nombreux du CRIF ont lieu avec les hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et de l’Education nationale, vient ensuite le ministère des Affaires étrangères. Les défenseurs d’Israël pensent que pour influencer la politique étrangère de la France, ils doivent agir sur le président. Le Quai d’Orsay tient un rôle important dans la définition de la politique étrangère mais les défenseurs d’Israël considèrent qu’il est anti-israélien et pro-arabe.
Pour éviter que l’image des juifs ne se dégrade à cause des résonnances du conflit israélo-palestinien, les défenseurs d’Israël s’attachent à persuader l’ensemble de la population de la légitimité d’Israël. Cela passe indirectement par les contacts avec les journalistes mais aussi par les interventions directes dans les medias.
Commentaire du CAP
Marc Hecker décrit des pratiques dignes d’un lobby qui par un travail « informationnel », selon le terme aseptisé de l’auteur et en réalité plutôt un travail de pression idéologique, cherche à influencer les modes de pensée des décideurs et de la population et permettre ainsi le soutien inconditionnel de l’État français à l’État d’Israël. Mais aucune fois le terme de lobby n’est utilisé car l’auteur veut échapper à toute accusation d’antisémitisme ou même à tout débat sur la question qui pourrait avoir de près ou de loin des implications fâcheuses. Si tel est le cas, pourquoi avoir choisi ce sujet à risque ? Pour avoir eu le mérite de traiter un sujet réputé dangereux mais par une approche qui lève toute suspicion sur les dispositions prévenantes de l’auteur vis-à vis des « défenseurs de l’État d’Israël ». Et ainsi gagner sur tous les plans. Comment comprendre sinon que l’auteur semble croire sur parole que les sionistes sont objectifs et ne font pas de propagande ? A moins d’être niais, on sait très bien que les menteurs professionnels soutiendront toujours l’idée qu’ils parlent vrai. Mais on préfère penser que l’auteur fait seulement preuve d’allégeance aux maîtres d’aujourd’hui. Surtout que notre spécialiste de la question juive est doctorant au moment où il écrit et que son instinct lui fait percevoir clairement que tripoter maladroitement cette question peut lui bloquer à tout jamais sa carrière.
II-Soutenir Israël par des manifestations de masse
La première grande manifestation (environ 30.000 personnes) de masse a eu lieu le 31 mai 1967 devant l’ambassade d’Israël pour exprimer le soutien à l’État hébreu à l’approche de la guerre des Six Jours. La dernière en date (entre 50.000 et 250.000) a eu lieu début avril 2002 contre le développement de l’antisémitisme et pour la solidarité avec le peuple israélien. La venue en France de personnalités (pro)palestiniennes a aussi été l’occasion de manifestations (Arafat en mai 1989).
Un autre type de manifestation, plus régulier, est aussi organisé comme les « Douze heures pour Israël » inauguré en 1976. Ce type de mobilisation sous forme de meeting a pour objectif de resserrer les liens franco-israéliens. Dans le cadre de ces meetings, on retrouve les grandes organisations pro-israéliennes (CRIF, FSJU, Consistoire Central, Consistoire de Paris) et des personnalités importantes interviennent et s’engagent publiquement en faveur d’Israël comme F.Hollande ou D.Staruss-Kahn en 2003.
Commentaire du CAP
Quel est l’objectif de ces manifestations ? Contrairement à la plupart des manifestations, celles-ci n’ont pas de caractère contestataire, elles ne visent pas à combattre une injustice ou à remettre en cause une loi ou une mesure oppressive. Ces manifestations sont organisées en priorité pour maintenir une pression régulière sur les gouvernants et secondairement pour faire une publicité au sionisme au sein de la population française.
Cette technique de défense des intérêts d’Israël ne peut pas être mise en vis-à-vis avec d’autres types de manifestation comme celle par exemple du mouvement pro-palestinien car elles n’ont pas la même nature. Les associations pro-israéliennes veulent faire en sorte que les décisions politiques aillent toujours dans le sens du primat des intérêts israéliens alors que le mouvement pro-palestinien dénonce une situation d’oppression coloniale. C’est pourquoi l’organisation des manifestations de masse par le CRIF et consort reste une pratique qui s’intègre dans le dispositif de pression tous azimut et de lobbying, ce dispositif étant lui-même un des éléments dans le dispositif d’ensemble de contrôle du pouvoir d’État.
CONCLUSION
Les défenseurs des intérêts israéliens considèrent que la France a pris un virage pro-arabe et qu’il est nécessaire d’agir pour rééquilibrer cette politique. Les modes d’action sont l’information et la discussion, publiques ou informelles, avec les décideurs et les faiseurs d’opinion et l’organisation des manifestations de masse.
Il n’est cependant pas possible de parler de lobby pro-israélien pour plusieurs raisons. D’une part, il y a un danger d’amalgame entre lobby israélien et lobby juif. D’autre part, il y a une absence de coordination entre les différentes organisations, tant au niveau des buts que des moyens d’action. Enfin, les défenseurs de l’ État d’Israël ne sont pas des professionnels, ils n’exercent pas ce travail à temps plein.
Aujourd’hui, la France ne tient plus la place importante dans le monde qu’elle a eu par le passé, et l’enjeu s’est sans doute déplacé au niveau de l’Europe. Telle est la perspective de travail que doivent mener les organisations pro-israéliennes.
Commentaire du CAP
En conclusion, Marc Hecker pose enfin le problème de l’existence du lobby pro-israélien pour répondre par la négative. Il avoue à demi-mot sa crainte d’aborder le sujet lorsqu’il affirme qu’il faut rejeter cette notion de lobby israélien car il y a un risque d’amalgame avec celle de lobby juif.
Alors il est légitime de demander à l’auteur si le chercheur peut renoncer à certaines catégories, certaines analyses, de peur que certains manipulateurs fassent des amalgames et s’adonnent à la calomnie contre ledit-chercheur. L’absence de coordination entre les associations pro-israéliennes est loin d’être une proposition certaine, car à plusieurs reprises elles ont travaillé de concert pour mobiliser.
Ce qui est sûr, c’est qu’elles ont des intérêts convergents, un objectif commun, des lignes politiques identiques-la défense des intérêts d’Israël-et qu’en ce sens elles constituent un réseau puissant qui influence de manière décisive les gouvernants. Quant à l’absence de professionnalité, elle fait du lobby pro-israélien en France quelque chose de moins formel que le lobby juif aux États-Unis. Mais cela n’enlève rien à son caractère de lobby, de groupe de pression sur le pouvoir.
Le diner annuel du CRIF est parlant à cet égard, au cours duquel le président de cette organisation dresse les grandes lignes à suivre de la politique étrangère française devant des dirigeants français qui semblent boire ces paroles. Marc Hecker a peur de prononcer le mot lobby mais la « sionisation » de l’État français est un problème bien plus grave et une question bien plus importante.
Historiquement, c’est la gauche qui a rendu possible les réalisations les plus significatives du sionisme dans sa stratégie de contrôle du pouvoir politique : la SFIO sous la 4ème République et le PS sous la 5ème République. Mais la grande nouveauté de ces dernières années, c’est la conversion massive de la droite au sionisme.
L’arrivée de Sarkozy et de ses acolytes au pouvoir est à la fois le symbole et le résultat de ce processus métastatique de « sionisation » de l’État français.
Marc Hecker dresse finalement la perspective que doivent suivre les associations pro-israéliennes, l’action au niveau européen.
Marc Hecker avouerait-il qu’il travaille de concert avec les défenseurs de l’État d’Israël ?
Source : Comité Action Palestine
Sources Mecanopolis
posté par Adriana Evangelizt




