Plus de la moitié des Français (52%) estime que Nicolas Sarkozy ne fait pas "un bon président de la République" et près des deux tiers (64%) pensent qu'il n'apporte pas de "solutions aux problèmes des Français", selon un sondage CSA réalisé pour "Le Parisien/Aujourd'hui en France" et à paraître dimanche.
Plus de la moitié des sondés (55%) font en revanche confiance au président de la République pour être "capable de réformer le pays". L'écrasante majorité des personnes interrogées reconnaissent à Nicolas Sarkozy les qualités de dynamisme (88%) et de courage (76%). Deux sur trois jugent par ailleurs qu'il "sait prendre des décisions difficiles" et 65% trouvent qu'il a "une stature internationale".
Enfin, 62% des sondés le jugent "sympathique" contre un tiers (33%) qui pense le contraire.
- sondage réalisé par téléphone les 13 et 14 février 2008, auprès d'un échantillon national représentatif de 1.004 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. AP
Sources NOuvel Observateur
Posté par Adriana Evangelizt
Projet de loi contre le terrorisme de Nicolas Sarkozy
Un état numérique policier sans précédent en occident
La Ligue Odebi dénonce avec la plus extrême fermeté le projet de loi contre le terrorisme de Nicolas Sarkozy instaurant un état numérique policier sans précédent en occident.
La Ligue Odebi vient de prendre connaissance du projet de Loi contre le terrorisme (LCT)[1] présenté par Nicolas Sarkozy et déposé le 26 octobre dernier à l'assemblée nationale, après avoir été examiné par la CNIL[2] et le Conseil d'état, mais pas par le Conseil consultatif de l'internet. Les mesures concernant les internautes français occupant une place importante dans la LCT, en particulier son article 4 qui assimilerait les cybercafés à des FAI et leur imposerait de fait des contrôles d'identité, et l'article 5 qui donnerait le droit aux services de police d'accèder aux données de connexion internet des français en dehors de tout contrôle de la justice.
La question qui se pose aujourd'hui aux français est la suivante : Jusqu'où une démocratie peut-elle aller dans la lutte contre le terrorisme ? Cette question nécessite un débat démocratique serein qui ne peut pas être raisonnablement qualifié de "polémique stérile", et qui aurait déjà dû avoir lieu en France il y a un demi-siècle.[3]
En déclarant l'urgence de la LCT, le gouvernement tronque un débat démocratique d'importance majeure, comme il l'avait fait pour la loi pour la sécurité intérieure (LPSI)[4], initiée par Nicolas Sarkozy en octobre 2002 et promulguée le 18 mars 2003.
Concernant l'accès aux données de connexions internet, la Ligue se demande comment cette déclaration d'urgence peut être crédible, dans la mesure où le décret d'application devant déterminer les catégories de données devant être conservées et leur durée de conservation (article 29 de la loi relative à la sécurité quotidienne (LSQ)[5]) n'a -à ce jour- toujours pas été publié[6] : La LSQ a pourtant été promulguée le 15 novembre 2001.....
L'article 5 de la LCT porte gravement atteinte aux libertés publiques, et en particulier au droit au respect de la vie privée en accordant le droit aux agents de police judiciaire d'accéder aux enregistrements des données de connexion des internautes : Nicolas Sarkozy prétend garantir ces libertés en faisant centraliser les demandes d'accès aux données par une entité policière placée sous l'autorité du Directeur Général de la Police Nationale et qui coordonne les RG, la DST et la DGSE, et en faisant valider ces demandes par une personnalité désignée par le ministre de l'intérieur, et placée auprès du ministre de l'intérieur.....
Cette disposition paraphrène qui ignore le rôle l'autorité judiciaire, gardienne des libertés individuelles, comme le prévoit l'article 66 de la constitution[7], mènerait à l'instauration d'un état numérique policier : en sapant ainsi les fondements de notre société démocratique, Nicolas Sarkozy tombe dans le piège conceptualisé de longue date par les milieux terroristes, alors même qu'il ne peut ignorer que la protection des droits fondamentaux est l'un des enjeux majeurs de la construction du contre terrorisme européen.
S'agissant du contexte législatif européen dans lequel s'inscrit le projet de loi de Nicolas Sarkozy, il est utile de rappeler que
- Depuis le 28 avril 2004, la France,le Royaume Uni, l'Irlande, et la Suède essaient de faire adopter par le conseil une décision cadre -donc sans consulter le parlement européen- visant à la conservation des données de connexion des internautes "aux fins de la prévention, la recherche, la détection, la poursuite de délits et d'infractions pénales, y compris du terrorisme".[8]
- Le 9 novembre 2004 le groupe Article 29 ("CNIL" européenne) juge que ce projet de décision cadre n'est pas conforme à l'article 8 de la convention européenne des Droits de l'Homme.[9]
- Le 31 mai 2005 la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures publie le rapport d'Alexander Nuno Alvaro qui "rejette l'initiative de la République française, de l'Irlande, du Royaume de Suède et du Royaume-Uni", jugeant, tout comme la commission des affaires juridiques du Parlement européen, que la base juridique choisie par le Conseil n'est pas conforme à la législation européenne.[10]
- Lors de ses débats du 7 juin 2005, le Parlement européen rejette le projet de décision cadre de ces quatre Etats membres.[11]
- De son côté, le Conseil JAI examine une nouvelle version du projet de décision cadre lors de ses réunions du 2 et 3 juin 2005.[12]
- Le 13 juillet 2005, le Conseil, présidé par Charles Clarke, et où la France est représentée par Nicolas Sarkozy et Pascal Clément, déclare qu'il "adoptera les décisions-cadres concernant la conservation des données de télécommunications (octobre 2005)."[13]
- Le 21 septembre 2005, la Commission européenne propose une directive sur la conservation de données traitées dans le cadre de la fourniture de services de communications électroniques accessibles au public.[14]
- Le 26 septembre 2005, le Contrôleur européen de la protection des données donne son avis sur le projet de directive de la commission et sur le projet de décision cadre des quatre Etats membres, et déclare : "La directive aura un impact direct sur la protection de la vie privée des citoyens européens et il est primordial qu'elle respecte leurs droits fondamentaux, consolidés par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Une mesure législative qui affaiblirait la protection de ces droits est non seulement inacceptable mais aussi illégale."[15]
- Le 27 septembre 2005, le Parlement européen adopte une résolution législative[16] qui :
1 - rejette l'initiative de la République française, de l'Irlande, du Royaume de Suède et du Royaume-Uni.
2 - invite la République française, l'Irlande, le Royaume de Suède et le Royaume-Uni à retirer leur initiative.
-Le 12 octobre 2005 le Conseil, présidé par Charles Clarke, et où la France est représentée par Christian Estrosi et Pascal Clément, annonce que "la décision-cadre, qui est une option à laquelle un grand nombre de délégations sont favorables, restera sur la table."[17]
Face à ce bras de fer euro-législatif entre le premier et le troisième pilier, dans lequel quatre Etats membres dont la France essaient d'imposer des lois en contournant le Parlement européen, ou en exerçant sur lui des contraintes, en particulier en terme de délais, il est légitime de se demander si Nicolas Sarkozy ne cherche pas à instrumentaliser le processus législatif français avec son projet de loi LCT.
Qui plus est, quel que soit le bruit médiatique autour de la LCT, et de sa prétendue urgence, le ministre de l'intérieur ne pourra jamais cacher le fait que les décrets d'application concernant la conservation des données, que ce soit pour la LCEN[18], ou pour la LSQ, n'ont jamais été publiés. Si vraiment la conservation de ces données était nécessaire à la sécurité des français, il va falloir que Nicolas Sarkozy explique aux français pour quelle raison ces décrets n'ont pas été publiés, en particulier depuis la promulgation de son projet de loi LPSI le 18 mars 2003 qui a rendu définitive l'obligation de conservation des données qui n'était qu'une mesure exceptionnelle et temporaire dans la LSQ.
1
http://www.assemblee-nationale.fr/12/dossiers/terrorisme_securite_controles.asp
http://www.assemblee-nationale.fr/12/projets/pl2615.asp
[2]
http://www.cnil.fr/index.php?id=1885&news[uid]=287&cHash=3fbcdd0b5f
http://www.cnil.fr/index.php?id=1884&news[uid]=286&cHash=dad76fea63
[3]
http://fondapol.org/CR/visu_cr.php?nbPage=5&nextPage=1&idCR=32&offset=0&numPage=0
[4]
http://www.senat.fr/dossierleg/pjl02-030.html
[5]
http://www.senat.fr/dossierleg/pjl00-296.html
[6]
http://www.senat.fr/apleg/pjl00-296.html#non_pris
[7]
[8]
http://register.consilium.eu.int/pdf/fr/04/st08/st08958.fr04.pdf
[9]
http://europa.eu.int/comm/justice_home/fsj/privacy/docs/wpdocs/2004/wp99_fr.pdf http://europa.eu.int/comm/justice_home/fsj/privacy/docs/wpdocs/tasks-art-29_fr.pdf http://europa.eu.int/comm/justice_home/fsj...up/index_fr.htm
[10]
[11]
[12]
http://www.edri.org/docs/Data-retention-council-draft-29062005.pdf
[13]
http://ue.eu.int/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/jha/85814.pdf
[14]
http://europa.eu.int/eur-lex/lex/LexUriServ/site/fr/com/2005/com2005_0438fr01.pdf http://www.europarl.eu.int/meetdocs/2004_2...005)1131_en.pdf
[15]
http://www.europa.eu.int/rapid/pressReleasesAction.do?reference=EDPS/05/5&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en http://www.edps.eu.int/legislation/Opinions_A/05-09-26_Opinion_data_retention_EN.pdf
[16]
http://www.europarl.eu.int/omk/sipade3?PUBREF=-//EP//TEXT+TA+P6-TA-2005-0348+0+DOC+XML+V0//FR&L=FR&LEVEL=2&NAV=S&LSTDOC=Y&LSTDOC=N http://www.europarl.eu.int/news/expert/infopress_page/019-669-270-9-39-902-20050921IPR00560-27-09-2005-2005--true/default_fr.htm
[17]
http://ue.eu.int/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/jha/86658.pdf
[18]
http://www.senat.fr/apleg/pjl02-195.html#non_pris
Sources Communiqué de La Ligue Odebi
Posté par Adriana Evangelizt
Esther Benbassa . Historienne
« Il y a une guerre des mémoires »
par Walid Mebarek
Spécialiste de l’histoire du judaïsme, elle remet en cause la volonté de placer l’Holocauste au-dessus des autres génocides et ce qu’elle nomme « la concurrence des victimes ».
Dans votre récent ouvrage, La souffrance comme identité, on relève la notion de « victimité » liée à l’histoire du judaïsme. Pour vous, elle cultive une exclusivité de la souffrance…
Dans une société pareille, la place de l’individu qui ne réclame pas la v »ictimité » mais simplement le droit à être là, à vivre comme les autres, celui-là disparaît quelque peu. Je pense que dans les années qui viennent, nous allons être confrontés à cette concurrence des victimes. Il y aura des gagnants et des perdants. Souvenez-vous de cet alinéa de la loi qui disait qu’il fallait enseigner à l’école française les aspects positifs de la colonisation. Les Noirs, surtout issus des Dom-Tom, avec une meilleure connaissance des rouages de la République, ont pu faire admettre une Journée de commémoration de l’esclavage pour le 10 mai, tandis que les citoyens arabo-musulmans, en France, qui ont une moindre expérience politique et « diasporique », n’ont pas pu faire reconnaître une telle journée en souvenir des affres coloniaux. On les a confinés dans un monde qui ne serait que celui de la religion. On a créé le CFCM (Conseil français du culte musulman), mais on ne reconnaît pas les ravages de la colonisation. C’est cela la concurrence des victimes, celui qui a le plus d’expérience prend le dessus pour faire reconnaître sa mémoire blessée.
Vous avez fouillé la sémantique en expliquant, documents à l’appui, comment les mots ont pris leur place : Holocauste, Shoah. Dans cette bataille du langage, vous parlez même de « religion de la Shoah » comme « religion de l’identité » …
Les mots sont compliqués tout de même. Ne croyez pas que la bataille des mots a été gagnée. Lanzmann a imposé avec son film le mot Shoah qui est un mot particulariste et non un mot comme génocide, compréhensible par le plus grand nombre. Chaque génocide a sa particularité. La Shoah peut bien figurer avec les autres génocides pour rappeler la cruauté humaine qui n’appartient pas à telle ou telle nation. Toutes les nations sont capables de choses pareilles. Bien sûr, le mot génocide, créé après le massacre des Juifs, est de moins en moins employé, en lieu et place de Shoah qui est un terme hébraïque qui signifie au départ désastre causé par la colère de Dieu. Donc, ce n’est pas un mot anodin. Il hébraïse et judaïse le génocide en le séparant des autres. Il n’y a cependant pas de guerre des mots, il y a une guerre des mémoires. La mémoire de la Shoah occupe une place trop présente qui a fini par laisser peu de place aux autres mémoires blessées. Aucun génocide ne peut prendre la place d’un autre, on ne va pas jouer ce jeu dangereux. Le devoir de mémoire juif, qui rappelle une catastrophe immense, est naturel. Personne ne mettra en doute le besoin de reconnaissance d’une telle tragédie, mais est-ce que cette mémoire doit masquer d’autres ? C’est cela le problème.
Vous venez d’employer le terme de catastrophe. Cela rappelle celui des Palestiniens, nakba, qui signifie la même chose…
Il est important de voir comment les gens perçoivent leur propre tragédie. Les Palestiniens considèrent cette catastrophe comme l’équivalent de l’Holocauste. On peut ne pas être d’accord mais on ne peut pas leur dire : n’utilisez pas ce mot. Pour les Palestiniens, c’est devenu aussi un enjeu pour la construction de leur identité dans un parallélisme avec la mémoire juive du génocide, très important dans leur revendication juste d’un État. Les préjudices subis, dès 1948, l’expulsion de la terre de leurs aïeux, sont une catastrophe, un marqueur essentiel de leur identité et de leur lutte pour l’indépendance.
Vous dites qu’Israël a intériorisé sa souffrance qui l’empêche de voir celle des autres et, à sa porte, celle du peuple palestinien.
Cette souffrance a pris une telle place dans la mémoire juive et israélienne, et d’ailleurs ceux qui la revendiquent ne sont pas ceux qui en ont souffert mais les descendants qui ont hérité de la transmission de cette souffrance. Bien sûr, on ne peut pas non plus mettre de côté son utilisation à mauvais escient. Tous les groupes ethniques et religieux savent utiliser les catastrophes, on ne va pas leur donner des leçons. Les Israéliens de tous âges sont tellement envahis par cette souffrance qu’ils ont du mal à voir celle de leurs voisins palestiniens. La souffrance de l’autre devient quasiment invisible, et pourtant aucune souffrance ne donne le droit de sous-estimer la souffrance de celui qui est en face de soi.
Qu’est-ce qui vous a amenée à rédiger cet ouvrage complexe ?
Je m’intéresse à ce sujet depuis très longtemps, tout simplement parce que ces dernières années la mémoire joue un rôle important d’élément rassembleur, pas seulement au sein du monde juif, mais aussi par rapport à la colonisation, aux Noirs, pour ce qui concerne l’esclavage, et à d’autres groupes minoritaires. J’ai voulu savoir d’où cela venait, car c’est la mémoire des Juifs qui est prise pour modèle. Pourquoi les Juifs arrivent à revendiquer avec tant de force cette souffrance ? Cette souffrance a-t-elle toujours existé dans la mémoire juive ? Je suis remontée jusqu’aux textes bibliques. On y voit que la souffrance a cimenté le groupe face aux persécutions subies à certaines périodes, pour empêcher les Juifs de quitter le judaïsme. Plus proche de nous, le point principal de mon livre, c’est de savoir comment la Shoah a commencé à devenir un marqueur identitaire pour des gens qui s’éloignaient de plus en plus de la religion. On a abouti quelque part à une sorte de religion civile, facilement compréhensible par ceux qui ne sont pas juifs. Israël occupe une place importante dans cette religion qui se met en place. Si l’Holocauste se trouve en son centre, la rédemption, après cette catastrophe, est représentée par Israël. La Shoah sert aussi les intérêts sécuritaires d’Israël. On va mettre en avant la Shoah pour dire qu’il ne faut pas que cela se répète et que pour cela, Israël a besoin de frontières sûres.
Comment a été accueilli votre livre ?
Il a été très bien reçu par la presse, avec un nombre de comptes rendus importants et ceci malgré le fait que sa lecture ne soit pas facile. Mais, à l’intérieur de la communauté juive, il y a eu des remous, et même une déclaration du président du CRIF (Ndlr : Conseil représentatif des institutions juives de France), et de quelques intellectuels juifs organiques qui ont refusé de parler avec moi à la radio. C’est leur problème. Je dis des choses qui se disent dans le monde académique depuis longtemps. Le livre est traduit en anglais, en espagnol, en italien et dans d’autres langues. Je n’ai jamais omis de déclarer que j’étais femme, juive, française et intellectuelle. Quelqu’un qui est intellectuel organique de sa communauté ne peut pas revendiquer le statut d’intellectuel car nous ne sommes pas au service des intérêts d’une communauté. Bien sûr, défense d’Israël, propos tenus sur l’Holocauste, mise en garde contre le risque d’un nouvel Holocauste, tout cela, même si les peurs qui animent les êtres sont à prendre en considération avec le plus grand respect, tout cela fait partie de la rhétorique des politiciens. Le CRIF et certaines autres institutions juives en diaspora bâtissent leur politique autour de cela. On peut comprendre la position d’Israël sur cette question, puisqu’elle a ses propres intérêts et moi, en tant qu’intellectuelle, je peux regarder avec plus de distanciation cette question, sans entrer dans les méandres de la politique de défense d’Israël dont je soutiens l’existence, ce qui ne m’empêche pas de soutenir l’aspiration palestinienne à un Etat indépendant. Cela n’empêche pas que je sois très mal vue et critiquée à l’intérieur de la communauté institutionnelle. Je le comprends et l’admets. Je suis une voix dissidente, je ne suis pas la première et j’espère que je ne serai pas la dernière.
Sources El Watan
Sarkozy veut enseigner la Shoah à l’école
Malaise dans les milieux scolaires et de l’immigration
par Nadjia Bouzeghrane
L’idée de Nicolas Sarkozy de « confier la mémoire » de chacun des enfants juifs de France victimes de la Shoah aux élèves de CM2 soulève de nombreuses interrogations parmi de nombreux enseignants, parents, psychologues, historiens qui expriment leur malaise. La classe politique est quant à elle divisée.
La polémique et la controverse n’ont pas fini de s’installer. « Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne », a déclaré le président Sarkozy lors du dîner annuel du CRIF mercredi soir. « Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge », a ajouté Nicolas Sarkozy.
Pourquoi cette initiative aujourd’hui, sans concertation avec ceux qui sont concernés et qui ont un avis autorisé sur la question de par leur champ d’activité ? D’autant que la Shoah est déjà enseignée à l’école. N’est-ce pas trop lourd à porter pour un enfant de 11 ans ? se demandent notamment enseignants, psychologues et parents ? D’aucuns dénoncent une opération de marketing de la part du président Sarkozy au moment où il est en chute dans les sondages, alors que sa politique sur le pouvoir d’achat soulève une vague de mécontentement social. « Le passé est devenu un entrepôt de ressources politiques ou identitaires, où chacun puise à son gré ce qui peut servir ses intérêts immédiats. Il est inquiétant de voir qu’une fois de plus, le – mauvais – exemple est donné au plus haut niveau, que la "mémoire" et la défense de bons sentiments ne servent qu’à faire passer les ombres de la politique réelle », écrit l’historien Henry Rousso dans Libération. « Je trouve qu’il y a une morbidité exceptionnelle dans cette démarche », estime l’historienne Esther Benbassa (lire interview dans supplément Arts et Lettres de jeudi), interrogée par Le Parisien. La directrice d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, juive elle-même, ne voit pas pourquoi « infliger une telle émotion à des enfants d’aujourd’hui qui n’y sont pour rien dans la mort des petites victimes de la Shoah ». « A ne jamais sortir les juifs de cette seule identification aux victimes de la Shoah, on risque, au contraire, de créer des inimitiés chez les autres groupes. Je crains l’effet contraire, le risque du rejet au lieu de la pacification des relations. Oui, il faut enseigner la mémoire de la Shoah, mais comme toutes les mémoires : en parlant aussi des vivants et pas seulement des morts. Va-t-on aussi porter demain le nom d’un colonisé, d’un Arménien, d’un immigré ? », ajoute-t-elle.
Si le premier secrétaire du PS, François Hollande, soutient l’initiative du président Sarkozy, en affirmant que « chaque fois qu’on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire ». L’ancien Premier ministre de droite, Dominique de Villepin, estime qu’« on ne peut pas imposer la mémoire ». Les syndicats enseignants dénoncent « l’injonction politique sans aucune concertation ». « Lettre de Guy Moquet, Semaine citoyenne ou du développement durable, prévention contre l’alcoolisme, sécurité routière… empilées sans hiérarchie, les enfants vont finir par ne plus faire la différence entre le gadget et le fondamental », avance le Snalc (classé à droite). Selon le ministre de l’Education nationale, la mesure préconisée par le président Sarkozy ne serait pas obligatoire. L’injonction présidentielle de faire parrainer un enfant juif tué par les nazis par un enfant de CM2 rappelle le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 imposant à l’école d’enseigner les aspects positifs de la colonisation. Le débat n’est pas épuisé : est-ce au président de la République, ou aux députés, soit aux politiques, de manière plus large, de dicter la manière dont doit être enseignée l’histoire ? Et si l’on se place dans la logique du chef de l’Etat français, l’école ne devrait-elle pas porter les autres mémoires de France, celles des victimes de l’esclavage, de la colonisation ? N’y a-t-il pas là aussi un devoir de mémoire ?
Sources El Watan
Posté par Adriana Evangelizt
par Eva

La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. En effet, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des "non-personnes", furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays. Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors "la destruction des vies inutiles". Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du "gibier" tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.
En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la "plaie tsigane" dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique et permanente. Puis vint, dès 1933, la "stérilisation eugénique", l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35 et, enfin, les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.
C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940.
Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.
Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée. Tragédie supplémentaire, le nom des victimes tsiganes ne fut même pas mentionné durant le procès de Nuremberg ! L’oubli total... alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures - ni plus ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.
En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la "guerre secrète des Tsiganes". Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.
En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence - et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts a toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélébile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.
Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?
Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les Juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.
Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.
C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux nomades, celui de Saliers.

Photographie de la construction du camp, octobre 1942 (142 W 76)
Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Il s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.
Ceux qui ont survécu à l’enfer ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.
Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20 000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz : "Mission terminée, traitement spécial exécuté". Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms et Kalderas auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.
Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.
Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés. Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.
Définitif ?
Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.
Eva
Sources Ya Basta
Posté par Adriana Evangelizt





