La "drôle" de mémoire de Sarkozy :
A quand l’interdiction des signes ostentatoires de racisme à la tête de l’Etat ?
Dans cette interview, reprise et diffusée par l’AFP, Madame Mignon explique textuellement : "certains enseignants ont du mal à aborder la Shoah devant leurs élèves, ne savent pas comment s’y prendre, expriment un désarroi croissant. Des comparaisons avec d’autres conflits surgissent. Le président de la République a la volonté très nette de ne pas céder sur cet enseignement. Non seulement on ne doit pas fléchir devant la difficulté, mais on doit aider les enseignants en leur donnant de nouvelles pistes et empêcher les amalgames entre la Shoah et d’autres drames"..."Personne ne conteste" qu’il existe d’autres drames "mais ce sont des drames politiques. Les enfants palestiniens, vietnamiens, d’autres encore ont été victimes de conflits politiques, qui doivent et qui sont enseignés, mais avec la Shoah, les enfants ont été victimes du racisme. En enseignant la mémoire de ce génocide, on prémunit toute la société contre ce fléau".
Là, il faut vraiment se pincer pour y croire.
L’abus du mot "Shoah", vocable religieux issu de la bible et signifiant catastrophe, en lieu et place du mot génocide, pour désigner l’extermination d’un peuple, n’est déjà pas neutre. Il revient en effet à privilégier l’intervention divine par rapport aux comportements humains, et à écarter la reflexion sur ce qui peut amener des hommes à commettre de telles atrocités.
Mais en plus, les enseignants sont priés de dire que seul le génocide des juifs est lié au racisme ! Tous les autres ne sont que le résultat de "conflits politiques" ! Comme si les Noirs décimés par l’esclavage, les Indiens exterminés par l’Homme Blanc et toutes les victimes mortes sous la botte des colons, n’avaient pas été des êtres considérés comme inférieurs à l’homme blanc et condamnés à mourir en vertu de races et civilations supérieures ?
Et faut-il également comprendre que lorqu’on parlera du génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale, il faudra s’interdire de parler de politique ?
C’est à dire de comprendre comment un homme comme Hitler a pu recevoir un chèque en blanc de la part, non seulement d’un grand nombre de ses concitoyens, mais aussi de la part de tous les gouvernements occidentaux qui ont accompagné sans broncher son arrivée au pouvoir ? Qui ont continué à commercer, à fraterniser avec lui, alors que ses projets étaient publiés depuis longtemps ("Mein Kampf" date de la fin des années 1920), et mis en pratique à l’encontre des juifs, des tziganes et de tous les opposants, dès les années 1930 ? Un seul gouvernement occidental a-t-il refusé de participer aux Jeux Olympiques à Berlin en 1936 ? Un seul dirigeant occidental a-t-il refusé d’y serrer la main d’ Hitler ?
Posté par Adriana Evangelizt
Sarkozy déclare la guerre des religions,
des couleurs, des mémoires victimaires et des profs...
Diviser pour régner en tyran.
Si vous n’êtes pas croyants, vous pouvez vous sentir responsable du "mal" représenté par le nazisme et le communisme. Seule la croyance en un Dieu aurait permis le "bien".
Si les morales "religieuse" et "laïque" sont "complémentaires", comme Sarkozy l’affirme, pour "apaiser", on peut en déduire que la morale laïque serait le mal !
Le Président est finalement sorti de la neutralité religieuse imposée normalement à sa fonction représentative de tous les français et de leur unité, en participant à un diner religieux de judaïsme et politique pro-israélien.
C’est une première et une entorse grave au respect de cette fonction.
Jean-Luc Mélenchon, pourtant sioniste en cas d’urgence personnelle, dénonce une provocation "communautaire" (SIC) d’un "prédicateur" qui déclenche une nouvelle "guerre des religions".
Jean-Luc Mélenchon sur LCI 14/02/2008
envoyé par pourlarepubliquesociale
L’overdose de Shoah qui contribue grandement à l’antisémitisme voulu par le pouvoir israélien pour concentrer ses cibles juives sous sa coupe et en son auto-ghetto-guerrier, est relancé par une nouvelle amplification de l’endoctrinement des enfants dès le CM2 : Chaque petit français devra connaître le nom d’un enfant Juif parmi les 11.000 déportés et tués. On endoctrine en pornographie mémorielle choquante sectaire, exactement comme en Israël ! Et simultanément on va ainsi fabriquer de nouvelles générations de petits antisémites qui ne comprendront pas pourquoi les Juifs seraient plus au centre de la terre qu’eux, des décennies après un tel drame qui a aussi et par ailleurs touché d’autres enfants !
Les défenseurs d’une reconnaissance visible du génocide de la Traite française des Noirs, aprécieront qu’après un DVD gratuit à tous les enfants, on en rajoute encore avec ce bourrage de crâne infantile victimaire digne d’un nouveau film d’horreur infligé aux tous petits mineurs ! La guerre entre Noirs et Juifs est bien réactivée grâce à Sarkozy, et en l’absence de Dieudonné.
Les profs qui vont se faire évaluer officiellement par des kapos (et payer à la commission), et le sont déjà sur internet par leurs élèves grâce à un militant sarkozien, apprécieront la sauce à laquelle ils seront cuits et archi cuits. Destruction assurée de la corpo.
Pour le reste, il n’a parlé que d’Israêl, démontrant que le CRIF est bien son ambassade ingérée dans un habit de citoyenneté française.
Sarkozy vient de démontrer qu’il n’est pas chrétien, mais juif, et néosioniste. Un véritable marrane c’est à dire qu’il faisait semblant. D’ailleurs en voyant qu’il choisit des femmes juives, et des collabos juifs sionistes, on pouvait s’en douter.
En fait il est arriviste prêt à tout par ambition et soif de pouvoir et de guerre, y compris prêt à croire en Dieu, c’est à dire... en lui.
Citations au diner du CRIF le 13 février 2008
Nicolas Sarkozy : "Le drame du XXe siècle [Nazisme et Communisme] n’est pas né d’un excès de l’idée de Dieu, mais de sa redoutable absence"
Nicolas Sarkozy : "Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s’est pas révélé tellement préférable"
Nicolas Sarkozy : "jamais je n’ai dit que la morale laïque était inférieure à la morale religieuse. Ma conviction est qu’elles sont complémentaires, et que, quand il est difficile de discerner le bien et le mal, ce qui somme toute n’est pas si fréquent, il est bon de s’inspirer de l’une comme de l’autre"
Nicolas Sarkozy : "Chaque année à partir de la rentrée scolaire 2008, chaque enfant de CM2 se voit confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah", "Tous les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah".
Nicolas Sarkozy : "Une conception étroite de la laïcité : Il serait tout à fait légitime pour une collectivité d’aider à la sécurisation d’un club de sport, et tout à fait illégitime d’aider à la sécurisation d’un lieu de culte, vraiment, honnêtement, je ne vois pas au nom de quoi". (Ces lieux de "culte" sont exclusivement juifs ou israéliens, jamais musulmans ou chrétiens, naturellement. Mettre sur un même plan un club de sport et une synagogue pro-israélienne... Une première !)
Sarkozy au diner du CRIF 2008
envoyé par lilalilou
Rappelons que le monde que les religions "ont cherché à bâtir" était plein de guerres de religions... Jonché de haines et de cadavres, jusqu’à ce que la religion soit renvoyée dans la sphère privée et privée de politique. Sarkozy est irresponsable.
Sources Les Ogres
Posté par Adriana Evangelizt
Prenant la parole au dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives), Sarkozy a annoncé une nouvelle initiative, dans le cadre du « devoir de mémoire » concernant le génocide nazi. Il faudra désormais, a-t-il dit, que chaque élève de classe de CM2, apprenne et retienne le nom et le prénom de l’un des « 11.000 enfants français victimes de la Shoah ».
L’affirmation de Sarkozy est erronée. Car s’il y a effectivement eu 11.000 enfants juifs raflés en France puis assassinés dans les camps de la mort, il ne s’agissait pas, pour la majorité d’entre eux, « d’enfants français ».
Des milliers de ces enfants appartenaient à des familles d’étrangers, d’immigrés qui avaient espéré trouver en France moins de persécutions et de misère que dans leurs pays d’origine.
Comme le rappellent tous les historiens sérieux de la période, la politique antisémite, mise en œuvre par un gouvernement français plus nationaliste que jamais auparavant, se focalisa, dans un premier temps après 1940, sur ces « apatrides », ces gens « qui ne sont pas de chez nous, qui ne sont pas comme nous ». Le caractère « non français » du Juif tint une place aussi importante, dans la propagande de Vichy, que les propos sur les tares physiques de cette « race maudite », ou sa légendaire avarice.
Graduelle, l’exclusion des Juifs de la société française, avant l’imposition de l’étoile jaune à tous, commença donc par l’isolement de ceux d’entre eux qui n’avaient pas les bons papiers, une manière aussi de répandre l’illusion temporaire, chez les Juifs détenteurs de la nationalité française, que le pire leur serait épargné. Les rafles les plus précoces et les plus massives, celle du Vel d’Hiv’ en juillet 1942 par exemple, visèrent ainsi prioritairement des Juifs étrangers, les plus vulnérables parmi les vulnérables. Et les rares artisans français de la « Solution Finale » qui eurent à rendre des comptes sur leurs crimes, firent valoir, pour leur défense, qu’en s’efforçant de ne livrer aux nazis que des Juifs étrangers, ils avaient en quelque sorte limité les dégâts.
Comme on le sait, la traque finit par concerner tout Juif résidant en France, sans considérations de nationalité. Mais il reste que ce sont des Juifs étrangers qui ont payé le plus lourd tribut à la déportation depuis la France. Sur les 11.000 enfants cités par Sarkozy, les deux tiers au moins étaient de petits étrangers.
Il est déjà choquant, d’un point de vue factuel, que Sarkozy ait commis une telle erreur, dans un discours prévu de longue date, et alors qu’il dispose de nombreux conseillers à l’Elysée, généreusement payés pour écrire ses textes, en soupeser chaque mot et chaque phrase, ce qu’a confirmé jeudi le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, en indiquant que l’annonce sur les enfants avait été décidée « après mûre réflexion ».
Mais ce qui l’est encore plus, c’est que le propos émane d’un homme qui, dans la France contemporaine, n’a de cesse de durcir la politique gouvernementale à l’encontre des étrangers, et de faire des déclarations xénophobes, comme on le vit bien pendant la campagne électorale. En somme, en conférant la nationalité française à titre posthume aux enfants juifs des années 1940, Sarkozy a montré qu’il était capable de compassion pour les sans papiers … ceux qui ne sont plus là.
Posté par Adriana Evangelizt
Simone Veil, qui vient de s’indigner dans l’Express de la proposition de Sarkozy, "insoutenable", parce qu’"on ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter", n’évoque à aucun moment le sort des autres enfants condamnés à mourir par la France.
Son principal souci, c’est le risque de développer l’antisémitisme. "Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ?" s’interroge-t-elle, comme s’il ne fallait pas réveiller l’antisémite qui dormirait dans chaque non-juif.
Mais les catholiques, les musulmans... les protestants, les animistes, les athées..., sont surtout choqués de voir à quel point la mémoire de la France est sélective. Ce ne sont pas des antisémites en puissance, comme on voudrait nous le faire croire en permanence. Ce sont des gens qui en ont assez du "deux poids, deux mesures".
Et il est bon de rappeler au passage à Madame Veil et à Sarkozy, que les musulmans, qu’il est de bon ton d’opposer aux Juifs, et que l’on oublie en général de ranger parmi les "Justes", ont protégé et sauvé beaucoup de juifs pendant la deuxième guerre mondiale, non seulement dans les pays du Maghreb, mais également en France.
Pour rappel à ceux qui se soucient de "mémoire", cette petite note de Vichy :
LES JUIFS PEUVENT-ILS ÉCHAPPER ...
Le directeur politique adjoint. Note pour le Ministre Vichy, le 24 septembre 1940. Les autorités d’occupation soupçonnent le personnel de la mosquée de Paris de délivrer frauduleusement à des individus de race juive des certificats attestant que les intéressés sont de confession musulmane. L’imam a été sommé, de façon comminatoire, d’avoir à rompre avec toute pratique de ce genre. Il semble, en effet, que nombre d’israélites recourent à des manœuvres de toute espèce pour dissimuler leur identité. /
*Page 335 du livre de Pierre Jean REMY, diplomate et académicien : "Diplomates en guerre" (la seconde guerre mondiale racontée à travers les archives du Quai d’Orsay. Ed : Jean-Claude Lattes.)
Posté par Adriana Evangelizt
Esther Benbassa . Historienne
« Il y a une guerre des mémoires »
par Walid Mebarek
Spécialiste de l’histoire du judaïsme, elle remet en cause la volonté de placer l’Holocauste au-dessus des autres génocides et ce qu’elle nomme « la concurrence des victimes ».
Dans votre récent ouvrage, La souffrance comme identité, on relève la notion de « victimité » liée à l’histoire du judaïsme. Pour vous, elle cultive une exclusivité de la souffrance…
Dans une société pareille, la place de l’individu qui ne réclame pas la v »ictimité » mais simplement le droit à être là, à vivre comme les autres, celui-là disparaît quelque peu. Je pense que dans les années qui viennent, nous allons être confrontés à cette concurrence des victimes. Il y aura des gagnants et des perdants. Souvenez-vous de cet alinéa de la loi qui disait qu’il fallait enseigner à l’école française les aspects positifs de la colonisation. Les Noirs, surtout issus des Dom-Tom, avec une meilleure connaissance des rouages de la République, ont pu faire admettre une Journée de commémoration de l’esclavage pour le 10 mai, tandis que les citoyens arabo-musulmans, en France, qui ont une moindre expérience politique et « diasporique », n’ont pas pu faire reconnaître une telle journée en souvenir des affres coloniaux. On les a confinés dans un monde qui ne serait que celui de la religion. On a créé le CFCM (Conseil français du culte musulman), mais on ne reconnaît pas les ravages de la colonisation. C’est cela la concurrence des victimes, celui qui a le plus d’expérience prend le dessus pour faire reconnaître sa mémoire blessée.
Vous avez fouillé la sémantique en expliquant, documents à l’appui, comment les mots ont pris leur place : Holocauste, Shoah. Dans cette bataille du langage, vous parlez même de « religion de la Shoah » comme « religion de l’identité » …
Les mots sont compliqués tout de même. Ne croyez pas que la bataille des mots a été gagnée. Lanzmann a imposé avec son film le mot Shoah qui est un mot particulariste et non un mot comme génocide, compréhensible par le plus grand nombre. Chaque génocide a sa particularité. La Shoah peut bien figurer avec les autres génocides pour rappeler la cruauté humaine qui n’appartient pas à telle ou telle nation. Toutes les nations sont capables de choses pareilles. Bien sûr, le mot génocide, créé après le massacre des Juifs, est de moins en moins employé, en lieu et place de Shoah qui est un terme hébraïque qui signifie au départ désastre causé par la colère de Dieu. Donc, ce n’est pas un mot anodin. Il hébraïse et judaïse le génocide en le séparant des autres. Il n’y a cependant pas de guerre des mots, il y a une guerre des mémoires. La mémoire de la Shoah occupe une place trop présente qui a fini par laisser peu de place aux autres mémoires blessées. Aucun génocide ne peut prendre la place d’un autre, on ne va pas jouer ce jeu dangereux. Le devoir de mémoire juif, qui rappelle une catastrophe immense, est naturel. Personne ne mettra en doute le besoin de reconnaissance d’une telle tragédie, mais est-ce que cette mémoire doit masquer d’autres ? C’est cela le problème.
Vous venez d’employer le terme de catastrophe. Cela rappelle celui des Palestiniens, nakba, qui signifie la même chose…
Il est important de voir comment les gens perçoivent leur propre tragédie. Les Palestiniens considèrent cette catastrophe comme l’équivalent de l’Holocauste. On peut ne pas être d’accord mais on ne peut pas leur dire : n’utilisez pas ce mot. Pour les Palestiniens, c’est devenu aussi un enjeu pour la construction de leur identité dans un parallélisme avec la mémoire juive du génocide, très important dans leur revendication juste d’un État. Les préjudices subis, dès 1948, l’expulsion de la terre de leurs aïeux, sont une catastrophe, un marqueur essentiel de leur identité et de leur lutte pour l’indépendance.
Vous dites qu’Israël a intériorisé sa souffrance qui l’empêche de voir celle des autres et, à sa porte, celle du peuple palestinien.
Cette souffrance a pris une telle place dans la mémoire juive et israélienne, et d’ailleurs ceux qui la revendiquent ne sont pas ceux qui en ont souffert mais les descendants qui ont hérité de la transmission de cette souffrance. Bien sûr, on ne peut pas non plus mettre de côté son utilisation à mauvais escient. Tous les groupes ethniques et religieux savent utiliser les catastrophes, on ne va pas leur donner des leçons. Les Israéliens de tous âges sont tellement envahis par cette souffrance qu’ils ont du mal à voir celle de leurs voisins palestiniens. La souffrance de l’autre devient quasiment invisible, et pourtant aucune souffrance ne donne le droit de sous-estimer la souffrance de celui qui est en face de soi.
Qu’est-ce qui vous a amenée à rédiger cet ouvrage complexe ?
Je m’intéresse à ce sujet depuis très longtemps, tout simplement parce que ces dernières années la mémoire joue un rôle important d’élément rassembleur, pas seulement au sein du monde juif, mais aussi par rapport à la colonisation, aux Noirs, pour ce qui concerne l’esclavage, et à d’autres groupes minoritaires. J’ai voulu savoir d’où cela venait, car c’est la mémoire des Juifs qui est prise pour modèle. Pourquoi les Juifs arrivent à revendiquer avec tant de force cette souffrance ? Cette souffrance a-t-elle toujours existé dans la mémoire juive ? Je suis remontée jusqu’aux textes bibliques. On y voit que la souffrance a cimenté le groupe face aux persécutions subies à certaines périodes, pour empêcher les Juifs de quitter le judaïsme. Plus proche de nous, le point principal de mon livre, c’est de savoir comment la Shoah a commencé à devenir un marqueur identitaire pour des gens qui s’éloignaient de plus en plus de la religion. On a abouti quelque part à une sorte de religion civile, facilement compréhensible par ceux qui ne sont pas juifs. Israël occupe une place importante dans cette religion qui se met en place. Si l’Holocauste se trouve en son centre, la rédemption, après cette catastrophe, est représentée par Israël. La Shoah sert aussi les intérêts sécuritaires d’Israël. On va mettre en avant la Shoah pour dire qu’il ne faut pas que cela se répète et que pour cela, Israël a besoin de frontières sûres.
Comment a été accueilli votre livre ?
Il a été très bien reçu par la presse, avec un nombre de comptes rendus importants et ceci malgré le fait que sa lecture ne soit pas facile. Mais, à l’intérieur de la communauté juive, il y a eu des remous, et même une déclaration du président du CRIF (Ndlr : Conseil représentatif des institutions juives de France), et de quelques intellectuels juifs organiques qui ont refusé de parler avec moi à la radio. C’est leur problème. Je dis des choses qui se disent dans le monde académique depuis longtemps. Le livre est traduit en anglais, en espagnol, en italien et dans d’autres langues. Je n’ai jamais omis de déclarer que j’étais femme, juive, française et intellectuelle. Quelqu’un qui est intellectuel organique de sa communauté ne peut pas revendiquer le statut d’intellectuel car nous ne sommes pas au service des intérêts d’une communauté. Bien sûr, défense d’Israël, propos tenus sur l’Holocauste, mise en garde contre le risque d’un nouvel Holocauste, tout cela, même si les peurs qui animent les êtres sont à prendre en considération avec le plus grand respect, tout cela fait partie de la rhétorique des politiciens. Le CRIF et certaines autres institutions juives en diaspora bâtissent leur politique autour de cela. On peut comprendre la position d’Israël sur cette question, puisqu’elle a ses propres intérêts et moi, en tant qu’intellectuelle, je peux regarder avec plus de distanciation cette question, sans entrer dans les méandres de la politique de défense d’Israël dont je soutiens l’existence, ce qui ne m’empêche pas de soutenir l’aspiration palestinienne à un Etat indépendant. Cela n’empêche pas que je sois très mal vue et critiquée à l’intérieur de la communauté institutionnelle. Je le comprends et l’admets. Je suis une voix dissidente, je ne suis pas la première et j’espère que je ne serai pas la dernière.
Sources El Watan



